Le cheptel de l’Adr’ar’ est abondant ; on rencontre en route de nombreux troupeaux ; et, à défaut de statistique, le bas prix du bétail prouve combien il est commun : une chèvre vaut 3 fr. 15, une vache de 35 à 50 francs ; dans l’Ahaggar, les bœufs sont introuvables et une chèvre vaut de 7 à 12 francs[40].
Villages. — Comme dans l’Ahaggar, il existe, dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, quelques jardins, mais encore plus exigus ; Cortier en énumère six.
A Tessalit, il y a près de 200 palmiers qu’il n’est pas nécessaire d’arroser, la nappe d’eau étant peu profonde ; ils produisent au plus 40 charges de dattes de qualité médiocre ; presque tous appartiennent au marabout Baï qui a en plus, dans l’ar’erem, une case carrée en pierres et six ou sept gourbis où habitent ses haratins. Baï n’est pas seul propriétaire de Tessalit : Mohammed Illi, amr’ar des Ifor’ass, y possède quelques palmiers et un nègre chargé de les surveiller. Les puits de Tessalit ont de 5 à 6 mètres de profondeur et permettent de cultiver, à l’ombre des dattiers, des oignons, du tabac, etc.
Teleyet ou Telia a été pendant longtemps ce que l’on pourrait appeler le centre religieux de l’Adr’ar’ : Sidi Amer, marabout kounta, acheta aux Tara Mellet l’oued Telia et ses puits au prix de 15 chèvres ; il y fonda une kasbah et y installa sa zaouïa. Son fils aîné, Sidi Mohammed, lui succéda et à sa mort (1895) fut remplacé par Baï son frère qui, secondé par d’autres frères et des neveux, prit la direction de la zaouïa.
Depuis la venue des Français à Teleyet (colonne Théveniaux, 1904), Baï a abandonné sa kasbah et vit maintenant sous la tente, mais sans jamais s’éloigner beaucoup de son ancienne résidence.
Baï est un homme d’une quarantaine d’années qui a une grande réputation de sainteté et de science : sa bibliothèque est célèbre au Sahara ; elle représente, dit-on, la charge de trois ou quatre chameaux.
L’influence de Baï est considérable et il l’a toujours employée à faire régner la paix ; son élève le plus marquant est Moussa ag Amastane, Aménokal des Kel Ahaggar ; c’est en suivant les conseils pieux de son maître que Moussa s’est acquis un grand renom de sagesse et de bonté chez les Touaregs ; c’est aussi d’après les avis du marabout qu’il a poussé ses compagnons d’armes à se soumettre à nous après le combat de Tit (avril 1902).
Malgré le grand rôle que Baï a joué dans la pacification du Sahara, il a toujours évité, jusqu’à présent, d’entrer en relations directes avec nous, comme d’ailleurs avec tous les étrangers au pays, même musulmans.
En dehors de son importance politique, Teleyet est un village insignifiant ; on y cultive un peu de blé, d’orge et de mil, des oignons et du tabac ; il y a une vingtaine de doums, hauts de 8 à 15 m. et un seul dattier. Il y a à Téleyet une demi-douzaine de puits dont les plus profonds ont 7 mètres ; quelques-uns d’entre eux, en mars 1904, contenaient plus de 1 mètre d’eau.
In Tebdoq est un peu moins pauvre ; il appartient à Mohammed Illi : une vingtaine de dattiers à peine donnent, annuellement, trois ou quatre charges de mauvaises dattes ; on y cultive du blé, du mil, du tabac, des piments et des oignons. Il y aurait quatre maisons et six gourbis. Malgré le nom du village, le coton (tebdoq) n’y est pas cultivé, d’après Cortier ; Combemorel (1904) y mentionne cependant quelques plants de coton.