Ir’acher, avec quelques dattiers, qui produisent annuellement 15 à 20 charges ; Ararebba, où il n’y a que des jardins maraîchers, que suffisent à arroser deux puits, sont encore habités.
Kidal, où l’eau est abondante, est en ruines ; les palmiers y sont assez nombreux et les dattes de Kidal passent pour les meilleures de l’Adr’ar’.
Les Ifor’as. — A traverser le pays, on a l’impression que la population y est plus dense que dans l’Ahaggar ; mais les chiffres précis font défaut. Cortier énumère 7 tribus nobles qui, à elles toutes, comptent 56 tentes notables. Au moment de son passage, les tribus imr’ads, dont il énumère une dizaine, avaient presque toutes émigré vers le sud. D’autres tribus ont leurs campements habituels vers l’ouest, dans les plateaux gréseux qui, vers le Timetr’in, prolongent le tassili de Timissao. Il est pour le moment impossible de chercher à dresser une statistique.
Malgré sa proximité du Soudan, l’Adr’ar’ est, ou du moins, a été au point de vue politique une dépendance de l’Ahaggar ; on se rend facilement compte des liens d’intérêt qui rattachent les Ifor’as aux Touaregs du nord. Le climat du Mouidir-Ahnet et de l’Ahaggar est encore bien mal connu, mais on sait cependant que les pluies y sont irrégulières et que la sécheresse oblige fréquemment les nomades à de grands déplacements : à ce point de vue, les Kel Ahaggar ont impérieusement besoin de l’Adr’ar’ pour sauver leurs troupeaux pendant les mauvaises années.
D’autre part, les Ifor’as ont avec le nord à peu près toutes leurs relations économiques ; leurs caravanes fréquentent les marchés du Touat et du Tidikelt où elles achètent des dattes et vendent des moutons ; les Ifor’as ne possèdent pas de chevaux ; ce sont des méharistes, outillés pour le désert, non pour les bords du Niger où en certaines saisons le chameau ne peut vivre. Le seul article d’échange important que possèdent les Ifor’as est le bétail, et ils ne peuvent songer à le vendre vers le sud : les rives du Niger sont largement peuplées de tribus qui se livrent à l’élevage. Les 300 kilomètres qui les séparent du fleuve rendront toujours aux Ifor’as la concurrence impossible.
Enfin ils sont séparés du fleuve par les Maures Kountah, différents de langue, de mentalité, peut-être de race, et leurs ennemis de longue date. La limite ouest de l’Adr’ar’ est une frontière sanglante ; c’est de là que viennent les dangers possibles, contre lesquels la protection des Touaregs du nord peut être indispensable ; on se rend compte ainsi que les Ifor’as aient accepté assez volontiers la suprématie de l’Ahaggar et consenti à payer l’impôt à l’amenokal du nord, malgré le tanezrouft qui est une sérieuse barrière naturelle entre les deux pays.
Le peu que l’on sait de l’histoire du pays confirme la nécessité de cette alliance. Pendant de longs siècles l’Adr’ar’ a été disputé entre les Touaregs, les Maures et l’empire noir Sonr’ai. Les traditions des indigènes, toujours suspectes, sont confirmées par l’existence de plusieurs villes en ruines ; on en cite une dizaine, dont la plus importante est Es Souk ; R. Arnaud croit cette orthographe mauvaise et inventée par les Arabes, voulant interpréter le nom (Es Souk = Le Marché) ; il faudrait écrire Assouk, qui serait à rapprocher d’Azaouak, nom d’une région voisine. Cependant Gautier indique Tademka comme nom berbère d’Es Souk.
Des renseignements assez confus et contradictoires recueillis par Gautier, Arnaud et Cortier[41], il semble qu’Es Souk, créée peut-être par les Sonr’ai qui en ont été les maîtres à plusieurs reprises, a été aussi en la possession des Berbères et d’une tribu maraboutique, les Kel Essouk, qui se donne comme d’origine arabe : elle descendrait d’un disciple de Sidi Okba. Ces Kel Essouk, habituellement instruits, sont actuellement disséminés dans un grand nombre de campements, chez les Oulimminden surtout ; ils apprennent à lire aux enfants.
Les ruines d’Es Souk sont assez importantes ; elles indiquent une ville ouverte, bâtie en pierres sèches, pouvant avoir contenu 2 à 3000 habitants ; on y voit les restes de trois mosquées et d’un marché dont le nom, la Koceilata, rappelle le vieux héros de l’indépendance berbère.
Le nom des Ifor’as figure déjà dans Duveyrier, mais sa signification est encore assez obscure.