Mais la plupart des villages y ont un caractère commercial très particulier : l’Aïr s’est trouvé de tout temps sur le passage obligé des caravanes qui, de Tripolitaine ou de l’Ahaggar, vont commercer dans les territoires plus riches de Kano et de Zinder. Aussi tous les villages de l’Aïr sont-ils surtout des relais pour les chameaux, des entrepôts pour les marchandises ; il n’existe de jardins, de cultures, que dans un très petit nombre d’entre eux. Depuis que la traite a été supprimée dans les possessions européennes, les grands convois d’esclaves ont disparu ; n’ayant plus à échanger contre les produits de la Méditerranée que quelques plumes d’autruche et des peaux de filali, les chefs noirs ont dû singulièrement restreindre leurs achats et le commerce est tombé presque à rien. Aussi tous les centres de l’Aïr sont en pleine décadence, et tous donnent une fâcheuse impression de ruine et de misère.
La capitale, Agadez, avait 7000 habitants vers 1850, d’après l’évaluation de Barth ; c’est aujourd’hui une ville bien déchue : l’étendue de ses ruines, l’importance de ses cimetières, la hauteur de son minaret dénotent un centre autrefois florissant. Ce minaret ([Pl. XI]) est une pyramide élevée de 20 à 25 mètres, au sommet de laquelle on accède par un plan incliné en colimaçon ; c’est certainement une belle construction en terre sèche, qui, d’après la légende, aurait neuf cent quatre-vingts ans d’âge et daterait d’Almou Bari, second sultan d’Aïr, à qui les Kel Gress l’auraient offerte. Il ne reste plus aujourd’hui à Agadez que 200 chefs de cases : tous ont été réunis un jour, pour un palabre, dans une des pièces du poste militaire ; il a été facile de les compter. Cela fait tout au plus 1500 habitants pour la ville.
Une certaine industrie existe dans la ville ; on y fait de fort belles sparteries, d’un travail soigné : la matière première est fournie par les palmiers doums dont les feuilles, coupées en lanières fines, sont bouillies dans l’eau pour en accroître la souplesse. Ces lanières sont teintes en jaune avec de l’ocre ; en rouge acajou avec des feuilles de mil ; pour les teindre en noir, on les fait rouir dans certaines mares dans lesquelles on jette des scories de forge ; le tannin est fourni par les feuilles. Ces trois couleurs, jointes à la teinte paille des feuilles séchées, permettent d’obtenir des dessins géométriques d’une réelle élégance.
Comme les fabricants de nattes, les bijoutiers d’Agadez ont une certaine réputation au Soudan ; ils savent ciseler l’argent avec quelque finesse et le couvrir d’ornements de bon goût. — L’industrie de la poterie est également développée.
A Agadez même, la culture est insignifiante : les puits sont éloignés et profonds, celui du poste français (Tinchamane) est à 1500 mètres d’Agadez et dépasse 21 mètres ; à Agadez même les puits, dont l’eau est mauvaise, ont un débit insignifiant. Dans ces conditions, l’irrigation est pénible, presqu’impossible. Mais à quelques kilomètres au nord, dans la vallée du Téloua, à Alar’sess, l’eau est à fleur de sol ; les puits à bascule vont chercher l’eau dans de simples tilmas. La culture y est assez développée, quoique peu soignée ; les seguias sont mal entretenues et les planches des potagers, où tout est semé un peu pêle-mêle, n’ont pas la belle ordonnance des jardins des Oasis ou de l’Ahaggar où la culture est aussi correcte que chez nos maraîchers parisiens. Cependant, depuis la décadence du commerce et la gêne qui en résulte pour les habitants, la culture tend à se développer. C’est un symptôme heureux qui est assez général au Sahara.
A Alar’sess on cultive fort peu de céréales (mil, maïs, etc.), mais surtout des légumes qui sont les mêmes que dans l’Ahaggar (courges, tomates, etc.). Les principales cultures sont l’oignon et la carotte ; cette dernière plante serait d’introduction récente dans l’Aïr ; les premières graines auraient été données aux jardiniers par Foureau (1900) [Jean, l. c., p. 145].
Les animaux domestiques sont peu nombreux ; les chevaux, les zébus, les moutons existent à peine. Les chèvres sont assez communes ; beaucoup d’habitants ont des poules, des pintades et des pigeons ; quelques autruches domestiques sont élevées dans les cases. Il y a quelques chiens et, en 1905, le sultan possédait un chat.
Aoudéras (200 habit.) a, au plus, une soixantaine de cases en terre et en paille, et quelques tentes en sparterie. Le tissage des nattes y paraît assez développé. Des puits à bascule permettent d’irriguer quelques jardins ; l’abondance des coulées de basalte au voisinage, entretient l’humidité des alluvions et, le long de l’oued, il y a environ 850 dattiers et autant de doums.
Beaucoup de caravanes passent à Aoudéras ; la plupart des tribus nomades de l’Aïr y ont une maison où elles déposent leurs provisions de céréales et leurs objets de valeur, confiés à la garde de quelques bellah.
Assodé est historiquement la capitale de l’Aïr montagneux, la patrie du chef des Kel Oui, l’anastafidet Yato. Il y a actuellement 69 maisons habitées et peut-être 200 habitants[48]. Gadel y a compté 337 maisons démolies ; la plupart étaient bâties en pierres et de forme carrée. Un minaret, comparable peut-être autrefois à celui d’Agadez, est en ruines aujourd’hui ; il aurait été construit il y a un millier d’années d’après les informations indigènes et se serait écroulé il y a 4 siècles.