Au nord du Koutous, la ligne des puits de Tassr, Boulloum, Dalguian, semble jalonner une vallée en contre-bas du plateau d’une trentaine de mètres. Cette vallée est d’ailleurs très ensablée et couverte de dunes ; les puits y ont une quinzaine de mètres, soit 45 mètres depuis le plateau ; l’aspect du sol, lorsqu’il apparaît entre les dunes, est bien celui du Tegama.

A l’est de l’Aïr, Barth et von Bary ont signalé des grès formant des plateaux horizontaux, dont quelques-uns recouverts d’une nappe de basalte. Les itinéraires par renseignements entre Agadez et Fachi n’indiquent qu’une immense plaine.

Près de Fachi, on signale un mamelon rocheux (granitique) et des plateaux gréseux à patine noire (sergent Lacombe) et à l’est du Kaouar, des grès peut-être dévoniens. Mais, au sud de Bilma, le Crétacé supérieur marin est connu et autorise, sans trop d’invraisemblance, à étendre les grès du Tegama jusqu’au voisinage de Bilma.

Au sud du Koutous, les grès du Tegama se prolongent jusqu’au Mounio dont ils entourent au moins la partie nord : ce point est important parce qu’il donne une indication précise sur l’âge des granites alcalins de Gouré.

A peu de distance à l’est de Gouré, commence un erg qui s’étend jusqu’auprès de Chirmalek : entre Chirmalek et le Tchad, comme dans la région des mares à natron de Gourselik (Manga), on retrouve une plaine dont la surface rappelle singulièrement le Tegama ; à l’est du lac, le Kanem reproduit les mêmes traits. J’ai déjà indiqué ailleurs que tout le bassin du Tchad était probablement infracrétacé, tout en signalant des divergences notables entre le Tegama et la région du Tchad.

La végétation n’est plus exactement la même ; le Kalgo (Bauhinia reticulata) et quelques autres arbres disparaissent à l’est de Gouré ; le Salvadora persica, absent du Tegama, s’y montre abondant. Les termitières disparaissent en même temps que le Kalgo ; elles manquent aussi dans le Kanem et le Chittati : on ne les retrouve que dans la partie méridionale du Tchad. Leur absence est complète, ce qui permet aux indigènes de conserver leur mil dans des silos, procédé inapplicable dès que se montre le dangereux insecte. Il ne semble pas que le climat puisse expliquer ces quelques faits, qui tiennent probablement à une particularité de la nature du sol.

Dans le Tegama, il existe un réseau hydrographique mal dessiné, mais reconnaissable ; les lits des rivières, à berges peu ou pas marquées, sont jalonnés par des mares d’hivernage, en chapelet, qui, lorsque la pluie a été suffisante, se déversent les unes dans les autres. Dans la région du Manga, à l’est, comme à l’ouest du Tchad, il n’y a rien de semblable : on y rencontre fréquemment des cavités à fond plat, profondes d’une dizaine de mètres et d’un diamètre moyen de 7 à 800 mètres. Les bords sont probablement abrupts, mais toujours ensablés ; je n’ai pu les voir nulle part. Dans toutes ces cuvettes, l’ensablement indique que les vents dominants venaient de l’est ou du nord-est. La falaise orientale est parfois surmontée d’une dune, haute de 2 à 3 mètres tout au plus ; la falaise occidentale est affleurée par une pente douce de sable ([fig. 27]). Quelques-unes de ces dépressions ont des affluents que l’on peut suivre sur quelques kilomètres ; on ne connaît d’effluent à aucune d’entres elles. Parfois, comme entre Gourselik et Bornoyazu, ces creux ont une tendance à s’aligner, bien que la liaison ne soit pas évidente entre eux. Freydenberg[56] a décrit avec soin des accidents semblables, notamment dans le Chittati [l. c., p. 56]. Les cuvettes sont parfois plus profondes et la falaise qui les limite atteindrait jusqu’à 50 ou 60 mètres. Malgré cette divergence, l’identité des deux régions n’est pas douteuse : Freydenberg, qui a vu les cuvettes à l’est et à l’ouest du Tchad, est très affirmatif sur ce point.

Un fait encore semble bien établi : le fond de toutes ces cuvettes est occupé par des dépôts blanchâtres, identiques à ceux du Tintoumma et de certains bahr du Tchad. Toutes ces cuvettes auraient, à une époque indéterminée, été occupées par des eaux ayant donné naissance à des sédiments identiques.

Freydenberg va plus loin et il suppose qu’il s’agit d’un lac unique, et que, à l’époque de sa plus grande extension, le Tchad aurait couvert une immense surface : vers l’ouest sa limite serait indiquée par Kakara à 200 kilomètres du Tchad, vers le nord par N’Gourti, à 100 kilomètres de N’Guigmi. Les limons blancs de toutes les cuvettes seraient, dans cette hypothèse, des dépôts d’un même lac, en continuité les uns avec les autres. Le plateau qui les isole serait d’origine éolienne et représenterait une série de dunes très anciennes, que je ne sais quel agent aurait exactement nivelées. « Le Chittati a été probablement le premier pays asséché ; les dunes y sont plus anciennes qu’au Kanem (profil plus doux) et des dunes transversales ont eu le temps de se former, bouchant les vallées dunaires » [c’est-à-dire, je pense, la dépression qui sépare deux dunes] « et donnent à cette région son aspect de plateau sablonneux, percé d’une quantité de cuvettes » [l. c., p. 63]. Ces cuvettes seraient tout simplement les points non encore ensablés.

Il est bien certain que le Tchad a été autrefois beaucoup plus étendu qu’il ne l’est actuellement : les sédiments, amenés par le Chari et la Komadougou le comblent peu à peu : toutes les terres qui bordent le sud et l’est du lac, toutes les îles du Tchad font partie du delta du fleuve. Mais les limites qu’il convient de donner à l’ancienne extension de la nappe lacustre sont sans doute beaucoup plus restreintes que ne l’indique Freydenberg ; j’ai trouvé à mes deux passages (11 février et 12 mars 1906) que le fond de la cuvette de Myrrh était à une cinquantaine de mètres au-dessus du Tchad : on ne peut cependant attacher grande importance à ces indications ; les nivellements que donne un anéroïde que l’absence d’observations voisines empêche de corriger étant toujours suspects.