Cette haute falaise, que l’on coupe à 100 kilomètres au sud de Taoudenni, limite vers le sud la dépression au centre de laquelle se trouvent les salines d’Agorgott ; elle a été coupée sur la route d’Ounan à Taoudenni par le capitaine Cauvin[63] et 100 kilomètres plus à l’est par le colonel Laperrine ; d’après les indigènes, les routes de Taoudenni à Oualata et à l’Adr’ar’ Tmar ont à la franchir ; vers l’est elle se rapproche un instant de la hammada El Haricha (Carbonifère), puis se redressant vers le nord-est, se développe pendant des centaines de kilomètres à travers le tanezrouft.
Quelle que soit l’exagération toujours possible des données des guides, il n’en est pas moins acquis que la falaise d’El Khenachiche est un des traits les plus remarquables de la région de Taoudenni, où elle joue un rôle à tout le moins comparable à la falaise de Tigueddi, au sud de l’Aïr.
Cette haute falaise franchie, on ne trouve plus jusqu’au Niger aucun relief ; quelques dunes mises à part, les pistes se déroulent sur une haute plaine où se trouvent les puits profonds déjà signalés et qui, vers l’est, va se perdre sous les calcaires crétacés de Mabrouka et de Tabankort.
Tout cela est, en somme, assez concordant : autour du massif ancien du Sahara central, une série d’assises détritiques de grès et d’argiles, restées franchement horizontales, forment une ceinture presque continue ; elles reposent, en discordance, sur les terrains primaires, Silurien à Alar’sess, Dévonien à l’Aougueroutt, Carbonifère près de Taoudenni. Les grès à sphéroïdes du Touat, comme les grès du Tegama, ne présentent presqu’aucun accident tectonique ; ils sont donc beaucoup plus jeunes que le Dévonien ou le Carbonifère qui, dans le Sahara du Nord, dans la zone hercynienne, sont nettement plissés et qui, plus au sud, dans les régions de structure tabulaire, sont affectés de plis à grands rayons et de dénivellations brusques, dus à des diaclases ou à des failles.
Ces grès, dans un grand nombre de points (Tadmaït, Mabrouka, Tabankort, Damergou, Bilma) sont en relation avec des assises fossilifères, toutes de la fin des temps secondaires. La zone d’affaissement où ils se sont déposés pendant l’Infracrétacé a été occupée, un peu plus tard, par les mers du Crétacé supérieur [cf. t. I, [ 234]].
Il est digne de remarque que, dans l’archipel touatien, cette région affaissée coïncide avec la région où voisinent les plissements hercyniens et calédoniens, voisinage qui entraîne une assez grande complication de la tectonique, et que, au sud, elle paraisse masquer, à Labezzanga, au nord de Niamey, une zone de rebroussement des plis calédoniens.
Dans des notes antérieures, j’ai qualifié les grès de Tegama de formation continentale ; je regrette d’avoir usé de cette expression équivoque qui devrait être réservée aux dunes, à la latérite et à quelques autres roches dans la genèse desquelles l’atmosphère sèche ou humide est le principal facteur.
Les grès du Tegama sont certainement des dépôts qui se sont formés dans l’eau et même dans la mer ; leur stratification régulière sur d’immenses surfaces ne saurait laisser aucun doute. La disposition oblique de certains lits de sables et de graviers prouve seulement que cette mer était le siège de courants rapides. Il est bien clair qu’un affaissement, de l’importance de celui dont il s’agit, amène nécessairement de profonds changements dans le régime de tous les cours d’eau de la région qui, à la faveur du déplacement de leur niveau de base, sont obligés de remanier leur profil ; ils prennent une allure de torrent et tendent à combler rapidement la dépression nouvellement formée : les grès souvent grossiers du Tegama indiquent tout simplement le début d’un cycle de sédimentation. Pour que des lacs comme le Nyassa ou le Tanganika n’aient pas été comblés au fur et à mesure que jouait la fracture qui leur a donné naissance, il a fallu des conditions très spéciales. Penck[64] admet qu’ils n’ont pu se former que dans une région déserte, où les rivières étaient des oueds coulant aussi peu que ceux du Sahara.
Après que les fleuves qui se jetaient dans cette zone déprimée ont eu rectifié leur lit, les courants ont diminué d’importance et il a pu se déposer des marnes et des calcaires plus favorables que les grès à la conservation des fossiles.
Il s’agit donc bien d’une formation marine, et l’épithète malencontreuse que j’ai employée voulait indiquer seulement qu’il s’agissait d’une aire continentale et que toute trace de géosynclinal, même de mer moyennement profonde, faisait défaut.