Des lambeaux de la même formation se trouvent au nord de Zinder, à Ouamé ([fig. 31]) et à l’ouest, vers Tirminy ; entre Tirminy et l’Adr’ar’ de Tahoua (250 km.) les mêmes grès semblent jouer un rôle très important ; ils sont bien visibles dans une vallée très encaissée, entre Kongoumè et Maïjirgui ([fig. 32]).
Cette vallée, d’abord orientée de l’est vers l’ouest, prend bientôt une direction méridienne ; Barth l’a rencontrée sur son itinéraire.
En dehors de cette coupure, le pays est en général très ensablé ; mais rien à la surface, ni dans l’aspect de la végétation, n’indique de changement dans la nature du sol ; tout le long de la route les puits sont nombreux et les matériaux de déblais, accumulés à leur orifice, ne montrent jamais que des grès. Ce n’est qu’au voisinage de Gueydoum que des débris latéritiques indiquent l’approche d’une région différente.
Fig. 32. — Vallée entre Kongoumé et Maïjirgui.
1, Grès gris compact ; 2, Grès tendre jaune, très découpé (Crétacé supérieur ?) ; 3, Grès superficiel ferrugineux (latérite) ; 4, Dunes mortes.
Dans la région de Bilma, le Crétacé supérieur existe aussi d’une manière authentique ; Rohlf avait signalé, il y a longtemps, au sud de Bilma des grès riches en fossiles, notamment en empreintes d’ammonites ; et, auprès d’Agadem, des calcaires, diversement colorés, très fossilifères ; aucun exemplaire n’était parvenu en Europe ; dans sa belle traversée du Sahara (1892), le colonel Monteil a recueilli, à Zau Saghaïr, un oursin qui a été étudié par V. Gauthier ; le Noetlingia Monteili est voisin d’une forme du Maestrichtien du Beloutchistan[68]. Bien que, depuis, la route du Tchad à Bilma ait été parcourue à plusieurs reprises, aucun nouveau fossile n’a été rapporté ; les matériaux que le lieutenant Ayasse a recueillis et qui ont été étudiés par Freydenberg[69] montrent cependant qu’à côté de roches éruptives variées, il existe des roches sédimentaires, les unes peut-être anciennes (quartzites), d’autres certainement récentes : des grès à ciment argileux avec taches rouges ou violettes ont été trouvés en plusieurs points. Ils sont accompagnés de formations latéritiques et la petite collection de Ayasse, que j’ai pu voir à la Sorbonne, indique d’assez grandes analogies avec la région de Zinder. Les derniers envois du sergent Lacombe au Muséum confirment bien cette complexité de la région Fachi-Bilma ; il y a des roches granitiques, des quartzites (Silurien ?) des grès peut-être dévoniens ; les roches dominantes cependant (grès tendre bariolé, latérite, etc.), semblent se rapporter au Crétacé ou au Tertiaire.
On connaît encore des terrains du même âge à l’ouest et au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as. M. Théveniaux a rapporté de Mabrouka le Cardita Beaumonti ; MM. Combemorel, Desplagnes, E. Gautier et Cortier ont trouvé, dans la vallée du Telemsi, la même forme accompagnée de nombreuses huîtres (O. Pomeli Coq., O. Nicaisei Coq., O. Bourguignati Coq.), caractéristiques du Crétacé supérieur d’Algérie.
MM. Arnaud et Pasquier ont rencontré les mêmes huîtres un peu plus à l’est ; un lamellibranche, probablement le Roudairia Drui Mun-Chalmas, forme commune dans le Crétacé supérieur algérien, était représenté dans leur envoi par deux moules assez médiocres. Ces Roudairia, qui sont connues depuis le Gabon jusqu’aux Pyrénées, semblent indiquer des communications faciles à travers le continent africain, entre la Méditerranée et l’Atlantique.
Cette bande de calcaires fossilifères a été recoupée par la plupart des itinéraires qui sont maintenant assez nombreux dans cette région ; Cortier a pu indiquer sa position avec assez de certitude sur une carte manuscrite qu’il a eu l’obligeance de me communiquer. Mais elle n’est pas uniquement crétacée et, dans la plupart des gisements, des fossiles éocènes ont été recueillis en même temps que les formes secondaires. Dans la majeure partie de son parcours, cette bande voisine avec les terrains archéens et primaires, mais les relations du Crétacé avec ces formations anciennes sont encore énigmatiques ; Lemoine [in Cortier, D’une rive à l’autre..., p. 409] serait disposé à admettre l’existence d’une faille, perpendiculaire aux plissements anciens. La chose est possible quoique l’allure de la bande calcaire soit bien peu rectiligne, mais il reste à l’établir.