Cette zone calcaire, qui est parfois limitée au nord par une falaise peu élevée, ne s’étend pas vers l’ouest jusqu’au méridien de Tombouctou ; du moins n’a-t-elle pas été rencontrée par les reconnaissances qui ont poussé jusqu’à Taoudenni. Elle commence à l’ouest de Mabrouka et, au sud du Timétr’in, s’étend d’abord de l’ouest vers l’est ; elle s’infléchit vers le sud au voisinage de l’Adr’ar’, constituant la plaine désolée de l’Adjouz, puis vers Tabankort reprend sa direction ouest-est.
A l’ouest de l’Adr’ar’ des Ifor’as, elle est doublée par une seconde bande calcaire qui vient mourir au voisinage de Bemba ; près des puits d’In Killa et d’In Akaoual, ces calcaires sont très fossilifères ; ils contiennent surtout de petits « cérithes » ? et cette indication semble se rapporter plutôt à des calcaires éocènes qu’à des couches crétacées ; ils s’agit probablement de turritelles, fossiles communs dans l’Éocène de l’Afrique centrale, et dont le capitaine Cauvin a rapporté des échantillons provenant de régions voisines.
La bande crétacée se poursuit depuis Mabrouka sur plus de 1000 kilomètres ; elle est connue à l’est de Gao, à Azigui et au nord du puits de Tiguirirt jusqu’au voisinage de 3° de long. orientale, plus près d’Agadez que du Niger, au centre des terrains de parcours des Oulimminden.
De Mabrouka jusqu’à l’Adr’ar’ Tiguirirt, ces calcaires restent au voisinage des terrains anciens ; mais au delà de cet Adr’ar’, vers leur extrémité orientale, d’après une obligeante communication du capitaine Pasquier, on trouve, au nord des calcaires fossilifères, des affleurements de latérite. A cette latitude, la véritable latérite, produit d’altérations des roches éruptives, fait défaut, comme en témoignent l’Aïr et l’Adr’ar’ des Ifor’as ; les grès ferrugineux qui sont le résultat de la cimentation des dunes semblent eux aussi un peu plus méridionaux. La latérite du capitaine Pasquier, par la latitude où elle se rencontre, est plutôt analogue, autant qu’on peut juger sans échantillons, à celles du Damergou ou de l’Adr’ar’ de Tahoua qui résultent de l’altération, de la décalcification surtout des roches sédimentaires : la mer du Crétacé supérieur aurait pénétré assez loin dans la vallée du Taffassasset où l’on connaît, d’une manière authentique, l’Éocène jusqu’au voisinage du 18° de latitude nord, à Tafadek et à Tamalarkat.
Dans les lignes précédentes je n’ai pas cherché à préciser de niveaux stratigraphiques ; la chose serait prématurée. Les divers fossiles recueillis semblent indiquer que, depuis le Turonien, les mers du Crétacé ont occupé, d’une manière continue, le centre africain qu’elles n’ont abandonné qu’après l’Éocène ; mais les gisements fossilifères connus sont souvent fort loin les uns des autres, et sans liens entre eux ; les renseignements stratigraphiques font défaut sur la plupart des gisements et il est nécessaire d’attendre de nouvelles recherches sur le terrain avant de pouvoir systématiser nos connaissances sur le Crétacé de la région de Gao et de Zinder.
La mer qui, pendant le Crétacé supérieur, recouvrait le centre africain, se reliait certainement par la basse Égypte et le désert libyque à celle qui, passant par la Palestine et la Perse, s’étendait jusqu’au Beloutchistan ; les affinités avec l’Algérie et la Tunisie sont, elles aussi, bien marquées ; un bras de mer est peut-être indiqué à l’ouest de l’Aïr ([fig. 68,] p. 225).
Un autre bras de mer plus méridional, reliant le Damergou à l’Atlantique, est bien jalonné entre les roches anciennes du sud du Tchad et les massifs cristallins de Kano, de Sokoto et du Dahomey ; vers Gongola (11° latitude nord, 9° longitude est) des ammonites turoniennes ont été recueillies ; dans le Cameroun, Solger[70] a décrit une faune du même âge, dont les espèces présentent les plus grandes analogies avec celles de l’Inde et de la Tunisie.
Enfin au cap Lopez, comme au voisinage de Libreville, les dépôts du Crétacé supérieur forment, le long du littoral, une bande parfois assez large.
Éocène. — La première mention de l’Éocène dans le centre africain date déjà de quelques années : le commandant Gadel avait recueilli à Tamaské un nautile et quatre oursins[71]. L’année suivante, pendant la mission de délimitation du Sokoto, le capitaine Moll et le commandant Lelean rapportaient des mêmes régions une série plus nombreuse qui confirmait les premières indications.
La stratigraphie de l’Adr’ar’ de Tahoua paraît assez simple : dans son ensemble, la région est un plateau dont les assises horizontales sont profondément entaillées par des vallées importantes, les dallols.