Tessaoua. — La plupart des pays où les villages sont rapprochés, sont des régions de collines ou de plateaux bien marqués ; le petit sultanat de Tessaoua fait exception à cette règle ; il correspond au point où une vallée importante, affluent du Goulbi n’Sokoto, reçoit plusieurs rivières. Toutes ces vallées ([fig. 32,] p. 91), encaissées de quelques mètres, sont creusées dans des grès ; à Kongoumé, les falaises, orientées est-ouest, dans la direction des vents dominants, sont à peine ensablées ; auprès de Tessaoua, le Goulbi, large de plusieurs kilomètres, coulerait, s’il y avait de l’eau, du sud au nord, de sorte que les falaises gréseuses ont à peu près complètement disparu sous un amoncellement de sable ; l’ensemble de la région forme à peine des collines surbaissées et d’accès facile ; ce sont de mauvaises conditions de défense, mais le pays est fertile : à la culture du mil, du coton et de l’indigo s’ajoutent les cultures maraîchères (oignon, manioc, arachide, etc.). Le tabac vient également fort bien ; sa préparation est très soignée et le tabac de Tessaoua, célèbre au loin, est un des meilleurs que l’on puisse fumer au Soudan.

Cette richesse du sol, qui tient uniquement à l’abondance de l’eau, a permis à la population de se réunir dans de gros villages (Maijirgui, 1000 h. — Kanambakachy, 1500 h., etc.), tous protégés par de fortes palissades. Ces villages sont rapprochés les uns des autres et les zones débroussaillées qui les entourent, d’un diamètre de 5 à 6 kilomètres, se rejoignent : on ne voit partout que des cultures autour de Tessaoua. Habituellement vers le 14° de latitude nord, les villages sont beaucoup plus éloignés les uns des autres et leurs champs sont séparés par d’épais massifs de savane ou de brousse à mimosées.

Grâce à sa densité, la population du Tessaoua a pu résister aux Peuhls qui font paître leurs troupeaux de bœufs vers le sud et aux Touaregs qui élèvent leurs chameaux vers le nord [Barth, Reisen, II, p. 13 et 10]. Le sultanat de Tessaoua a une soixantaine de kilomètres du nord au sud, une vingtaine de l’est à l’ouest ; sa population serait d’environ 70000 habitants.

Depuis notre occupation, la sécurité est devenue plus grande ; à Tessaoua et dans les gros villages, beaucoup de cases demeurent inoccupées, les cultivateurs préférant habiter de petits hameaux au milieu de leurs champs ; cet heureux symptôme de calme et de prospérité est d’ailleurs assez général au Soudan.

Le Tessaoua est séparé de l’Adr’ar’ de Tahoua par le désert du Gober ou des Mousgou[88]. Quelques villages seuls, Guidam Moussa (500 hab.), Kornaka (400 hab.), jalonnent la route d’étapes ; au nord il n’y a que des nomades et vers le sud, les premiers villages de la Nigeria sont à plus de 50 kilomètres. Malgré cet isolement on a pu créer à Amonkay Ouroua, à 23 kilomètres de Kornaka, un petit village : 4 ou 5 familles de noirs ont osé s’y installer, tentées par un sol assez fertile et un puits peu profond (8 m.). Vers l’ouest, les premiers villages de la région de Tahoua sont séparés d’Amonkay par une soixantaine de kilomètres où nomadisent des Peuhls.

Je crois qu’il est difficile de trouver un meilleur exemple de la confiance que les officiers du troisième territoire ont su imposer à leurs administrés.

Demagherim. — Les crêtes siluriennes, flanquées de mamelons granitiques, qui constituent les massifs d’Alberkaram et de Zinder, forment une région naturelle, le Demagherim, où la population sédentaire, de langue haoussa, est assez dense[89].

Les crêtes siluriennes sont constituées par des quartzites perméables à affleurements nord-sud entre lesquels, formant le fond de cuvettes ensablées, se trouvent des micaschistes et des roches éruptives. L’eau se conserve bien dans ces dépressions ; les mares temporaires sont fréquentes et les puits alimentés par des pluies régulières sont peu profonds : à la fin de la saison sèche, on trouve l’eau à une douzaine de mètres au plus.

Dans la plupart des dépressions, il y a des mares d’hivernage où la végétation arborescente devient fort belle (Daganou-Mazammi) ; certains arbres, en particulier les gao (Tamarindus) y atteignent une vingtaine de mètres.

Ce massif d’Alberkaram est d’un accès particulièrement difficile ; les cols sont rares dans les crêtes de quartzites ; aussi la population, les Kardas, a pu vivre assez isolée et est restée en majeure partie fétichiste.