Les districts granitiques qui bordent à l’est et à l’ouest ce massif silurien sont d’un accès plus facile : les hauteurs sont des mamelons isolés ; toutes les parties basses sont envahies par des dunes mortes qui, recouvrant des terrains imperméables, conservent d’abondantes réserves d’eau.
A Merria, l’ancienne capitale, il y a même une source, la seule du pays, qui donne naissance à un ruisseau permanent. Ce ruisseau qui coule pendant 5 ou 600 mètres est employé à l’irrigation. La culture maraîchère (légumes, citrons), très développée à Merria, alimente Zinder. Le marché hebdomadaire qui s’y tient a l’importance des marchés d’un chef-lieu de canton de France.
La structure mamelonnée des régions granitiques se prête admirablement à l’établissement de mares ; quelques-unes sont de véritables lacs. L’un des plus beaux est à Gidi-Mouni ; il a plusieurs kilomètres de long et est bordé de dômes granitiques.
Barth [Reisen, IV, p. 73] en donne une bonne représentation sous un nom inexact (Bada-Muni). Sur les bords du lac et dans les canaux qui en dérivent, la végétation est fort belle, et la culture très développée ; il y a quelques dattiers et les baobabs, plus rares au nord, sont abondants.
Dans tout le Demagherim, les villages sont nombreux et rapprochés ; beaucoup sont importants. Cependant, seule la capitale actuelle, Zinder, mérite le nom de ville. Zinder est le nom arabe, à peine connu des indigènes qui désignent l’enceinte fortifiée où résidait le sultan[90] sous son nom haoussa de Damangara ; à 1500 mètres au nord, le faubourg où résident les marchands et où s’arrêtent les caravaniers est Zengou.
Zinder est une ville récente qui a remplacé Merria comme capitale vers 1820 ; elle a été fondée et fortifiée, au commencement du XIXe siècle, par un chef de bande, d’origine kardas, qui en a fait surtout une place forte, une citadelle d’où il pouvait facilement aller piller ses voisins. Les sultans de Zinder ont reçu longtemps l’investiture du Bornou ; Ahmadou I (1893-1899) est le premier qui se soit déclaré indépendant.
Cette origine artificielle explique que Zinder se soit peu développée : l’emplacement a été choisi uniquement au point de vue du brigandage ; sa population, 10000 habitants, est la même en 1902 (Gadel) qu’en 1852 (Barth).
L’industrie y est à peu près nulle, le commerce médiocre ; les chances d’avenir paraissent assez faibles. Kano, beaucoup mieux située, est une concurrente redoutable, à moins de 100 kilomètres. Il n’y a pas place pour deux villes importantes dans la même région.
Damergou. — Le Damergou forme au milieu du Tegama une région bien délimitée ; ses dimensions n’excèdent pas 100 kilomètres de l’est à l’ouest et une trentaine du nord au sud. Cette région doit son existence aux argiles turoniennes qui forment à sa surface une série de collines ; malgré leur peu de hauteur, une trentaine de mètres, ces mamelons suffisent à accroître légèrement les chances de pluie ; les argiles, entraînées par le ruissellement, viennent colmater les fonds où abondent les mares d’hivernage. Peu de ces mares sont permanentes, mais le sol reste assez longtemps humide pour que la culture puisse donner de bons résultats ; le petit mil vient fort bien et donne lieu à une exportation importante vers Agadez et l’Aïr, plus de 10000 charges par an. Le coton y pousse bien et la culture maraîchère est assez développée.
Jusqu’à ces dernières années, malgré la protection des Ikazkazan, les sédentaires du Damergou, qui est un pays ouvert, étaient pillés régulièrement au cours des luttes entre les Touaregs de l’Aïr[91] ; aussi les habitants cherchaient-ils à se grouper dans un petit nombre de gros villages vaguement fortifiés. Depuis l’occupation française, la sécurité plus grande leur a permis de se disséminer davantage et de créer de petits hameaux au voisinage des terrains favorables à la culture.