Le commerce est important ; les grandes caravanes transsahariennes s’arrêtent dans le Damergou et plusieurs marchands de Tripolitaine y ont, à demeure, des représentants ; en plus de ce mouvement de transit, les gros villages (Djadjidouna, Sabankafi, Danmeli, etc.) ont, chaque semaine, leur marché où l’on vend surtout des céréales, du bétail, des nattes, des poteries et du savon, ces derniers articles fabriqués sur place.

Les puits sont malheureusement assez médiocres, et la profondeur de la nappe aquifère empêche de les multiplier ; mais les habitants savent se contenter de peu : à Achaouadden par exemple, il y a, près du village, une petite mare qui contient de l’eau pendant deux mois ; le reste de l’année, il faut aller à des puits dont le plus proche est à 7 kilomètres. Le village est cependant assez prospère.

Mounio. — Le Mounio est formé d’une série de massifs granitiques qui, à une époque récente (Tertiaire ?) ont été injectés dans les grès du Tegama. Le relief est médiocre ; les principaux sommets ne semblent pas dépasser 600 mètres et le chiffre qu’indique Barth pour le mont Guediyo, 950 m., à l’extrémité nord-ouest du Mounio, est probablement beaucoup trop fort ; les dépressions sont au voisinage de 400 mètres.

Fig. 42. — Mamelons de microgranites alcalins du Mounio, partiellement ensablés.

Du poste de Gouré. — Horizon sud.

Le pays est assez pittoresque ; les mamelons granitiques sont enfouis jusqu’à mi-hauteur dans du sable qui, sûrement, a été amené par le vent ; j’ai pu vérifier à plusieurs reprises que c’est bien du sable siliceux assez pur et non un amas de minéraux divers, provenant de la décomposition sur place des granites. Les fonds sont occupés le plus souvent par des mares habituellement éphémères, mais qui suffisent à faire croître de grands arbres parmi lesquels dominent les acacias et les doums, accompagnés parfois de dattiers. Sur les pentes sableuses, la végétation est assez dense et les sommets rocheux eux-mêmes sont couverts presque partout d’euphorbes et d’aderas ; dans les parties dénudées, le granite est rose ou gris bleu et l’ensemble fait un paysage en somme agréable ([fig. 61,] p. 151).

Le Mounio a un aspect jeune ; il est à peine entamé par l’érosion ; vers la périphérie, on peut suivre les lits de quelques rivières ; aucune n’a remonté sa source au cœur du pays ; les différentes cuvettes sont sans lien entre elles et c’est là une circonstance fâcheuse ; chaque cuvette ne peut conserver que la pluie qui est tombée sur le petit bassin dont elle occupe le centre ; nulle part, l’eau ne peut s’accumuler en quantité assez considérable pour qu’il y ait des puits tout à fait permanents. Chaque village est à la merci des averses qui, chaque année, tombent dans son voisinage ; les puits sont peu profonds (5-10 m.), et la nature imperméable du sous-sol granitique ne permet pas de croire qu’en les creusant davantage ils auraient un débit moins inconstant.

Aussi les villages sont-ils d’importance très variable ; la population est obligée à de fréquents déplacements. Vers 1850, Barth a évalué la population de Gouré à 9000 habitants ; les cases ruinées sont assez nombreuses pour confirmer ce chiffre. Vers 1900, Gouré était presque complètement abandonné ; en 1906, c’était un village de 600 habitants.

Malgré ces conditions défavorables, le Mounio est toujours resté assez peuplé ; son relief est trop accentué pour qu’il ne soit pas facile à défendre ; il est traversé par la grande route, assez fréquentée, qui, du Tchad et du Bornou, va au Niger, en sorte que le commerce y a une certaine importance.