Si je pars sans emmener personne, à qui demander le secours de la chair, de la parole ou de l’esprit, c’est que j’ai renoncé aux consolations anecdotiques. Des essais auparavant tentés, j’ai dû, enfin, m’apercevoir que ne pouvait attendre aucune sensation de grandeur ou de vérité. Clown, j’avais tout juste dans mon orgueil la triste récompense de sentir mon cœur se briser. J’en offrais les morceaux à quelques-uns parmi les autres et, entre deux éclats de rire faux, j’avais l’audace de croire à mon malheur. De toute cette comédie, seule peut me laver la solitude.

… Peut me laver la solitude ?

Oui, à condition que s’oublient les anomalies de détail et que ne soit point frustrée l’angoisse, mon fauve aux belles dents.

Ainsi ai-je décidé qu’il en serait pour moi. Hélas ! en dépit de mes résolutions, c’est une surprise peureuse dès que la rose, dans une gare, à huit heures du soir, effleure ma joue. Une rose qui m’effraie. Mon menton se croit-il donc coupable ? Je demande à mes amis : Avez-vous la notion du péché ?

La femme a pitié ! Cher, nos trains ne partent que dans vingt minutes. Allons boire !


Le buffet du P. L. M. à huit heures du soir.

Un escalier modèle escalier de l’Opéra mène les dîneurs à de somptueuses destinées. Nous voudrions bien monter au premier. Mais là il faut manger. Nous sommes condamnés au rez-de-chaussée. Le groom indique le café en bas.

— Qu’allons-nous boire ?

L’amie décide « du champagne ».