Vais-je retomber dans un monde de petits objets, de petits individus ?

La douloureuse surprise des songes qui m’interdit tout espoir de repos rend inconcevable le néant.

Et si la mort n’était qu’un mot ?

Ma cravate ne demanderait pourtant qu’à faire de moi un pendu. J’aime la légende de la mandragore. J’aime aussi en vérité l’odeur de la semence humaine. Homme mort, ferai-je pousser une plante entre les lattes de ce parquet ? — Mais non, cabotin. Tu vas encore temporiser. Tu es passé par le point magnifique. Et déjà tu cherches à gagner du temps, à perdre ta vie.

Il faut parler de fuite ou de ruse.

Je suis devant mon papier, docile aux arabesques de ma plume. D’ici quelques minutes, j’aurai perdu jusqu’au souvenir d’une peur à la consolante pureté ? Je ne serai même plus en danger.

En effet tout ce qui de nous est susceptible de se traduire par des gestes ou des phrases n’est plus à craindre. A espérer non plus d’ailleurs.

Voici l’heure de dormir et de se régénérer par quelque bon cauchemar.

Or, au réveil, juste après la minute nécessaire pour reconnaître mon corps, mon lit, ma chambre, j’aurais honte de n’avoir pu supporter la compagnie des problèmes sans symbole de la voix, de l’écriture ou des êtres. Ainsi la sécurité fabriquée marque non un progrès mais une décadence dont au reste aucun critérium raisonnable ne permet de juger ; seule contraint à penser ainsi cette sensation d’âme à quoi nous devons, bien plus qu’à notre intelligence victorieuse, le bonheur sinon d’éprouver du moins de toucher la vérité. Or si la satisfaction de l’intelligence ne peut rien pour notre paix, combien moins utile encore sera l’aide des réussites humaines. C’est parce qu’elle me vaut, cette sensation de vérité, une joie telle que je n’en saurais rendre compte avec des mots humains, que je la crois d’un autre monde et que, sous l’action de son miracle, je me figure être déjà passé par les portes de la mort.

Avivée des seuls reflets de mes minutes, l’eau glisse entre mes doigts, plus furtive encore que le sable du sablier dont il est convenu qu’il donne l’image de la vie. Ce que je veux ce n’est ni du sable ni de l’eau mais une vérité indéniable comme un œuf. La vérité.