Mais de cet oubli, de ce bonheur, étais-je digne, moi qui avais commencé par chercher des mots, en réponse aux avances de cette lourde fille, à seule fin d’oublier la tristesse d’un endroit que je n’avais pas eu le courage de quitter, et où rien ne s’était offert de curieux hormis la monstresse, par qui — péché d’orgueil — je m’étais amusé à me faire enlever ?
Et au lit, si j’avais essayé de la bonté, ce qui, de ma chair, s’était dévoué, n’avait, à dire le vrai, point songé à son propre plaisir, mais au moyen d’imposer silence à cent kilos bavards, et finalement n’avait réussi qu’à parfaire un dégoût initial.
Or, maintes fois, parallèlement et lorsqu’il ne s’agissait plus hélas de quelque phénomène de graisse et d’ennui, le geste d’amour, non seulement ne m’a point rapproché de la créature, son prétexte, mais m’en a éloigné, libéré.
Ne dit-on pas de Psyché qu’elle perdit l’amour pour l’avoir voulu connaître ? Si le verbe faire remplace le verbe connaître, nous avons l’histoire de tous les couples.
Ainsi mes doigts ont perdu certain bégaiement passionné pour apprendre à flatter des peaux inconnues au gré de leurs cocasseries.
Je m’amuse.
Je bibelote.
J’éprouve la même sorte de plaisir à ranger ma bibliothèque une fois par an.
Entre des draps, deux corps débarrassés de tout linge, et la curiosité des doigts déjà se nomme zèle amoureux. On se décide à me rendre le bien pour le bien. Alors je me laisse manœuvrer. J’attends que le vide en moi se fasse, et auparavant ne veux plus voir que ce poignet monté sur quelque imperceptible roulement à billes, et, qui, pour la joie de mon épithélium cherche des inflexions plus douces que celles mêmes des violonistes. Je ne veux plus voir que cette bouche, lichen humide, et qui doucement se serre, anneau docile à l’arbre charnel.
Hélas !