L’étranger ricanait. Il vous invitait à danser. Une fille, qui vous aimait sans doute, vous injuriait lorsque vous partiez avec l’étranger. Vous caressiez les cheveux de la fille et ne répondiez point à ses ordures.
L’étranger vous déshabillait.
Fier de votre corps aussi proprement que vous l’eussiez été de votre intelligence, vous faisiez des exercices de souplesse, de force, d’acrobatie, puis vous chantiez une chanson tendre. L’étranger qui vous avait cru comestible, qui avait voulu vous acheter comme une boîte de cigarettes, un fruit pour jouir de vous, était touché, réfléchissait, comprenait. Et entre l’Anglo-Saxon ivre et le maquereau triste c’était un dialogue où triomphait le mépris de la chair par quoi les plus sages voulurent mettre en garde les plus ardents et leur faire savoir que l’illusion de posséder en fait ne permet jamais d’atteindre à cette joie, carrefour où des esprits tangents s’épanouissent et se mêlent enfin par les antennes communes.
Et certes, ce désir obstiné qui cherche l’amour, fait s’échapper l’amour dans le sursaut même, à la fin d’un acte qui ne laisse, entre deux chairs sottes et partiellement fripées, qu’une honte de peau et d’esprit.
Ainsi l’amitié, dont on a fait si longtemps profession de croire qu’elle n’était possible qu’entre des êtres d’un même sexe, à la vérité me semble exprimer non quelque sentiment d’une autre nature que l’amour, mais le plus haut point de l’amour même.
Vouloir qu’à la femme soit réservée toute et rien que l’activité sexuelle de l’homme sous-entend le mépris même de l’homme pour la femme.
A qui dédier alors le plus profond, le plus riche, le plus trouble de soi ?
Si toutes les filles de bordel sont lesbiennes ce n’est point qu’elles soient, comme on serait tenté de dire, vicieuses. Mais, instruments entre les jambes de l’homme, elles ne croient point à la possibilité de devenir plus ou mieux pour lui. Dès lors c’est à leurs compagnes qu’elles demandent secours affectueux. Le geste d’amour qu’elles accomplissent si tristement avec des clients scellera le pacte sentimental qu’elles ont fait entre elles.
C’est que la clef grossière des sens ne force aucun mystère. Un sexe n’est pas un passe-partout.
Il y a vingt ans, d’après ce qu’on m’en dit, l’amour était un sport. Pour remplacer le pushing-ball, un petit sac de peau humaine avec divers accessoires secondaires, seins, cheveux, oreille, plante des pieds, mains, fesses, bouche, etc…