Mon corps et moi ? Les corps et les autres ?

Mon corps, les corps ? Que puis-je en essayer qui ne me semble indigne de moi, des autres ?

Un corps qu’on me prête, j’en fais une machine.

Égoïsme, dira-t-on.

Mais si j’accepte d’être altruiste, c’est moi qui deviendrai machine. Les rôles seront intervertis, l’économie du couple n’aura pas changé. Sur deux unités, il y aura une chose et une créature. Donc deux solitudes.

Or si nous sommes deux à subir la même impression aucun n’est plus seul.

Ce n’est pas encore la guérison, mais déjà un soulagement.

Soulagement fort rare d’ailleurs, car un remède qu’on prétend bon pour tous en fait ne saurait convenir à personne.

C’est que la morale avec ses moyens sociaux, plus soucieuse de la lettre que de l’esprit, ne saurait trouver de solutions particulières, non plus qu’universelles.

Mon équilibre ne s’établit pas comme celui du voisin. Et pour avoir raison de la commune peur de la nuit (le même symptôme d’ailleurs ne révèle pas un même mal chez tous) il ne s’agit point d’aller quérir l’une de ces réponses toutes faites qui savent juste limiter ceux-là seuls qui n’ont pas d’élan. Au malade clairvoyant le spécialiste recommande d’être son propre médecin et de fixer les détails de son régime. Alors, pourquoi les ordonnances omnibus qui sacrifient l’individu au profit d’on ne sait qui, d’on ne sait quoi, puisque la foule des contraintes imposées à chacun de ceux qui la composent ne tire aucun profit et ne saurait connaître ni bonheur ni santé si sa majorité est de malsains.