Humilité, direz-vous, et non orgueil. Disons humilité, s’il vous plaît, mais l’orgueil peut devenir la pire forme d’humilité. N’est-ce pas M. de la Rochefoucauld, maintenant qu’il n’y a plus de sottes gens, mais rien que de sots métiers ?

Donc, certain orgueil persuadé de son pouvoir de décider, et me déclarant apte à tirer parti du bien et du mal, du beau et du laid, et me donnant aussi la méfiance de tous les systèmes — Tzara, vous aviez raison et l’absence de systèmes est encore un système — en un même instant et sans les concilier jamais, assemble scrupules et cynismes.

Scrupules et cynismes, oui, mes amis, nous ne nous y reconnaissons plus et pourtant nous avons un bel esprit critique, nous crevons d’esprit critique. Et c’est pourquoi nous tente toute chose qui porte en soi sa fin et ses raisons.

L’intelligence, dans la journée, les rêves, la nuit. Mon intelligence sait que la nuit vaut mieux que la journée, car la journée n’a fait que détruire et s’acharner contre ce que, sans se rendre compte, la nuit avait construit, pour la joie ou la tristesse.

Il fallait marcher longtemps avant de voir le mur qui fermait le cul-de-sac. Nous avons fait demi-tour. Mais retrouverons-nous cette naïveté, les surprises qu’elle nous réserve, dont chacune est poésie ?

Pour l’heure nous essayons encore des jeux. Jeux de sexe, jeux de main, jeux de vilain.

Mais n’a-t-il point tort celui qui, luttant et jouant contre soi-même, risque, après le combat, en vérité par trop singulier, de ne trouver plus que la place de soi-même et non soi-même.

Je sens deux hommes en moi, écrivait Jean Racine à la fin de ses jours. Cette phrase est devenue le vers d’un cantique, et ce cantique le chantent les enfants des églises. Mais quelle multiplication depuis le catéchisme de mes dix ans ! Ce n’est pas deux ni trois, mais une multitude que je sens en moi. Duquel s’agit-il de triompher ? Il y a trop d’ennemis pour que je sois victorieux d’aucun.

A nouveau tout de même j’annonce : Pamphlet contre moi-même

J’agite ce titre en panache, en drapeau. Suis-je suivi ?