Métaphores qui se composent et nous rendent le mensonge de notre première impression, quand nous promenant dans un bois ou suivant les bords d'une rivière nous avons pensé d'abord en entendant rouler quelque chose que c'était quelque fruit et non un oiseau, ou quand surpris par la vive fusée au-dessus des eaux d'un brusque essor, nous avons cru au vol d'un oiseau avant d'avoir entendu la truite retomber dans la rivière. Mais ces charmantes et toutes vives comparaisons qui substituent à la constatation de ce qui est la résurrection de ce que nous avons senti... disparaissent elles-mêmes à côté d'images vraiment sublimes, toutes créées, dignes des plus belles d'Hugo. Il faudrait avoir lu toute la pièce sur la splendeur, l'ivresse, l'élan de ces matinées d'été où on renverse la tête afin de suivre des yeux un oiseau lancé jusqu'au ciel, pour éprouver tout le vertige, sentir tout le mystère de ces deux derniers vers:

Tandis que détaché d'une invisible fronde

Un doux oiseau jaillit jusqu'au sommet du monde

Connaissez-vous une image plus splendide et plus parfaite que celle-ci: (il s'agit de ces admirables Eaux de Damas qui s'élancent et montent dans le fût des fontaines, puis retombent, font passer partout les linges mouillés de leur fraîcheur et l'odeur du melon et des poires crassanes avec un parfum de rosier).

..... Comme une jeune esclave

Qui monte, qui descend, qui parfume et qui lave!

Là encore pour comprendre toute la noblesse, toute la pureté, tout l'inventé de cette image si soudaine et si achevée, qui naît immédiate et complète, il faut relire la pièce, l'une des plus poussées en expression, des plus entièrement senties aussi de ce volume, peinte du commencement jusqu'à la fin, en face, en présence d'une sensation pourtant si fugace qu'on sent que l'artiste a dû être obligé de la recréer mille fois en lui pour prolonger les instants de la pose et pouvoir achever sa toile d'après nature,—une des plus étonnantes réussites, le chef d'œuvre peut-être de l'impressionnisme littéraire.

(Le Figaro, 15 juin 1907.)

De M. Emile Faguet, à propos de la Nouvelle Espérance:

Cette femme aura bien du talent. Elle est dans le train qui y mène. Et sa station n'est pas très loin.