(La Revue latine).
De M. Emile Ripert:
On ne sait si c'est artifice ou naïveté, sa façon d'assembler les mots. On est étonné, on ne comprend pas trop. Pourtant on voit, on sent, on entend... Dans une de ses dernières poésies elle parle ainsi:
Au cercle étroit d'un bassin rond et gris,
L'eau s'endormait, petite eau qui se rouille.
«Petite eau qui se rouille...» Si vous comprenez, moi pas. Seulement je vois l'eau stagnante, un peu rouge, je sens l'odeur de l'eau morte, et tout le calme inerte, l'ennui qui use et qui ronge... Les images aussi sont nouvelles: Madame de Noailles se dit «lasse comme un jardin sur lequel il a plu», et ce simple vers assimile si parfaitement certaines journées d'accablement, de calme désespoir après la crise violente des pleurs à l'aspect du feuillage lourd, des fleurs froissées, des terres humides, qu'on admire ce génie instinctif qui, du premier coup et sans tâtonnements, aboutit aux effets que chercherait en vain l'art le plus profond...
(La Revue Hebdomadaire).
De M. Auguste Dorchain:
On ne peut s'y méprendre; il y a ici plus que de talent, plus que de l'art, plus que la réalisation patiente et achevée d'un beau rêve: il y a la ferveur, il y a l'enthousiasme, il y a l'oubli total de soi-même, ou plutôt, ce qui est la même chose, le don absolu de tout son être, âme et corps, comme aux plus saintes minutes d'un grand amour,—il y a le génie.
(Les Annales politiques et littéraires).