Sans réfléchir à la bizarrerie suggestive de cette agonie, sans rechercher s'il n'y avait pas au fond d'une armoire quelque testament où Lantosque avait formulé ses dernières volontés, il voulut épargner au corps le contact de mains mercenaires et lui faire soi-même la dernière toilette. Et vous jugez de sa stupeur quand, ayant rejeté les draps, il vit d'abord que Lantosque était vêtu des pieds à l'encolure d'une façon de maillot qui accusait plus qu'il ne la dissimulait, la féminité des formes.
Alors, effaré, pressentant qu'il avait dû violer quelque ordre suprême, comprenant tout, il courut au secrétaire de son cousin, l'ouvrit, en fouilla successivement chaque tiroir, découvrit bientôt une enveloppe scellée de cinq cachets solennels et qui lui était adressée. Il les brisa et lut à peu près ceci sur une feuille de papier bordée de noir:
«Ceci est mon unique volonté. Je laisse tous mes biens à mon cousin Roland de Territet, à cette seule charge qu'il s'occupe entièrement de mes obsèques, qu'il me fasse devant lui rouler et envelopper dans les draps du lit où je mourrai, et mettre ainsi au cercueil sans aucun autre apprêt. Je demande à être crêmé au Père-Lachaise et à ne subir ni examen, ni autopsie quoi qu'il m'advienne».
—Et comment le marquis a-t-il pu trahir ce secret? demanda Bob Shelley.
—Le marquis est marié à une Parisienne charmante, et un homme amoureux a-t-il jamais rien pu cacher à sa femme?
LE SINGE
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