...Et sur eux voletait, pesait sans trêve comme quelque sinistre vision de nuit la hideuse peur de mourir, plus forte, plus tenace que toutes leurs angoisses, toutes leurs souffrances...
...Le comte Sigmund Andréléief descendait de cheval, un matin, quand on lui annonça que monsieur d'Astérille insistait pour le voir aussitôt, qu'il s'agissait d'une affaire grave, impossible à remettre au lendemain...
Il y avait plus de dix ans que durait cette liaison de forçats, et à bout de forces, se sentant devenir fou, ayant eu la veille cette honte de rentrer ivre chez lui, d'avoir vu rouge cependant que l'adorable créature, celle qu'il avait tant aimée et qui ne pouvait, ne voulait pas l'oublier, lui adressait de timides remontrances, de s'être avili jusqu'à la rouer de coups avec une brutalité lâche d'homme du peuple, il venait rappeler au mari outragé sa promesse, lui annoncer qu'ils se séparaient, quoi qu'il pût en advenir, Marpha et lui, demander la mort...
Le comte avait allumé un cigare, le fumait à lentes bouffées, contemplait d'un étrange regard où il y avait à la fois du plaisir, de la haine, et comme une obscure et naissante compassion, cette figure altérée, vieillie, ravagée ainsi que par quelque mal implacable et mystérieux, écoutait cette confession de désespéré. Il haussa à la fin les épaules et s'exclama:
—N'ayez plus de crainte, Monsieur, la leçon est suffisante, nous sommes quittes!
...La comtesse Marpha Andréléief habite maintenant avec son mari un vieux château près de Szegedin. Elle paraît heureuse et les paysans l'appellent la Sainte Dame...
LE MIRACLE DES CERISIERS
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