Le ménage à trois s'était installé pour la semaine des courses dans un des grands hôtels de Trouville.

De même que chaque après-midi, de cinq à six, Michel Calveille prenait le thé avec Lilith.

Il aimait par-dessus tout ces moments de quiétude, d'abandon, de causerie câline que sa maîtresse lui accordait, et la sentir entièrement à lui, la savourer ainsi qu'un goûter de friandises choisies, à l'heure où la plupart des femmes étaient à la parade, paonnaient en toilettes ostentatoires dans des halls et sur des terrasses. Lointaine, confuse, la musique des tziganes qui dévidait au dehors des valses et des csardas accompagnait comme en sourdine leurs paroles et leurs baisers.

Et voici que la porte s'ouvre avec fracas, que lord Peveril se rue dans le salon. Il s'appuie à la cloison. Il ricane, le regard fixe, le sang aux joues, les mains dans les poches. Il paraît enchanté d'avoir interrompu la partie d'amour. Il sifflote un motif de gigue.

Irrité, Michel le toise de haut, le bouscule, s'écrie :

« Qui t'a permis d'entrer sans frapper, voyou? »

L'ivrogne tressaille comme si quelque guêpe l'avait piqué, se balance sur ses longues jambes, fronce les sourcils et grogne d'un ton rauque :

« Vous dites, monsieur?

— Je dis que tu me dégoûtes…

— Parfait!