[72] Un état des gratifications faites en 1664 et en 1665 aux savants et gens de lettres porte cependant: «Au sieur de Gombauld bien versé dans la poésie, et pour l'obliger de continuer son application aux belles-lettres.—1,200 livres.» (Publié dans les Mélanges de la Société des bibliophiles français.) Mais dame Marie était un véritable gouffre.

A propos des pensions et des gratifications sans nombre reçues par Gombauld pendant tout le cours de sa carrière, l'abbé Jolly, dans ses Remarques sur Bayle, observe avec raison que notre poëte fut bien moins à plaindre que beaucoup d'autres dont les pensions furent supprimées complétement, soit après la mort de Richelieu, soit pendant la guerre de Paris. «Gombauld, dit le savant chanoine de Dijon, mourut pensionnaire jubilé, et plus que jubilé; car les gratifications qu'on lui fit annuellement durèrent près d'un siècle. Circonstance bien insigne, puisqu'autant la Cour de France accorde facilement des pensions, et est ponctuelle à les payer pendant les premières années, autant est-elle prompte à s'en décharger, et à convertir en d'autres usages plus pressans les fonds sur quoi on les avoit assignées. Il se présente incessamment de nouveaux venus, et l'on est bien aise de les contenter sans une nouvelle dépense, c'est-à-dire, en leur appliquant ce qui a déjà servi pour d'autres que l'on suppose avoir joui du bénéfice assez longtemps. Les vieux pensionnaires sont les plus odieux, et ceux qui sont obligés de postuler avec la plus grande et la plus humble patience, et qui sont rebutez avec le moins de scrupule.» C'est en effet l'une des particularités les plus curieuses de la vie de Gombauld et de l'histoire littéraire de cette époque, de voir ce gentilhomme au caractère altier, plein d'honneur et de délicatesse, qui ne veut rien recevoir de ses amis, qui ne fait aucune démarche personnelle, et qui, par les bons offices de ses protecteurs, reçoit durant sa longue carrière tant de pensions et de gratifications successives, qu'on a pu l'appeler pensionnaire jubilé. De fait, c'est peut-être le poëte qui a le plus reçu de bienfaits de la munificence royale. Ses œuvres et son talent méritaient-ils du moins cette distinction particulière?

Tous les contemporains de Gombauld ont chanté à l'envi ses louanges. Nous venons de citer l'opinion de Costar et celle de Chapelain. Conrart n'est pas moins explicite. «M. de Gombauld, dit-il, fut aimé et admiré de tous ceux qui, comme lui, avoient sacrifié aux Muses et aux Grâces, et je ne doute point que la postérité ne lui soit encore plus équitable que le siècle où il a vécu, et que le mérite de ses ouvrages ne fasse obtenir à son nom l'immortalité, qui est la récompense de tous les hommes de lettres, quand ils ont pu parvenir au rang où celui-ci s'étoit élevé.» Ménage est un de ceux qui exaltèrent le plus le talent poétique de Gombauld. Dans une épître à Pellisson, ne dit-il pas avec un tour galant à l'adresse de la maréchale de Clairembault?

Que fait nostre mareschale

Aux divinités esgale?

L'adorable Clerembaud,

Que la muse de Gombauld

De mille attraits esclatante,

De mille beautez brillante,

Ne pourroit pas dignement