»… Or cette fille a la teste près du bonnet. Il deslogea de chez un chirurgien, auprès des Beaubruns, peintres qui ont deux femmes raisonnables et chez qui il est logé à présent, à cause d'elle… Elle dit quelque chose de travers au chirurgien; le bonhomme, entendant du bruit, descendit (c'étoit un peu avant son accident); il trouva que son hoste avoit donné quelque horion à cette fille; cela le mit en colère, il le frappa. Le chirurgien fut assez sage pour ne pas riposter. C'est pour cela qu'il deslogea.
»Bien des gens taschèrent de le désabuser de cette fille qui le pilloit; mais on n'en put venir à bout: elle estoit maistresse absolue et excluoit qui luy plaisoit. Une fois elle chassa La Mothe Le Vayer, le prenant pour un ministre. Elle surprit une lettre de Conrart, où il la deschiroit: elle la garda et dit qu'il estoit bien obligé à sa goutte, car sans cela elle luy feroit donner le fouet par la main du bourreau.
»On ne sçavoit mesme si le bonhomme ne l'avoit point espousée[70]. Enfin il mourut après avoir esté longtemps incommodé de sa chute… Il a confessé en mourant qu'il avoit quatre-vingt-seize ans.
[70] «Ménage, dit encore Tallemant, demanda un jour à cette fille si, effectivement, elle estoit mariée à M. de Gombauld.—Moy, respondit-elle, monsieur, hé! que voudriez-vous que je fisse de cet homme-là? J'ay plus de biens que luy.—Elle avoit raison, car elle luy avoit pris tout ce qu'il avoit.»
De tout ceci et de bien d'autres passages des documents contemporains, il résulte que Gombauld n'a jamais été marié, et qu'il est mort célibataire sans héritiers directs. Nous avons donc été fort surpris de rencontrer cette note dans le Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou, de M. Beauchet-Filleau.
«La famille Augier, originaire de Marennes, prétendait que ses auteurs étaient seigneurs d'une portion de cette terre conjointement avec les comtes de Poitou. Augier ou Ogier (Jean) de Gombauld, un des premiers académiciens de Paris, se rendit célèbre dans les lettres et obtint de la reine mère de Louis XIII une pension de 1,200 écus; comme il était de la religion protestante, ses enfants ayant suivi son exemple, furent obligés de s'expatrier à l'époque de la révocation de l'Édit de Nantes. Six d'entre eux passèrent alors en pays étranger, emportant avec eux tous les titres de leur famille. Le septième ayant abjuré demeura en France: mais ses descendants ne connurent leur famille que par tradition. Augier (Lucas), c'était son nom, eut un fils, Jean, lequel fut père de trois garçons qui embrassèrent tous les trois la profession des armes. Un d'eux fut tué à l'armée. L'aîné fut aide de camp du Misdetesfeld en Espagne. L'autre servit dans la cavalerie et fut réformé ainsi que son régiment vers le commencement du XVIIIe siècle. Il épousa Jeanne Faure, alliée aux premières maisons de l'Armagnac. De ce mariage sont issus deux garçons…»
Tout cela est fort précis, mais nous n'avions jamais entendu parler des sept enfants du poëte Gombauld, qui n'auraient pas manqué d'empêcher dame Marie d'être sa légataire universelle. Il y a ici quelque confusion. Nous ne contestons pas qu'il y ait eu six Augier, frères de Lucas, émigrés, mais ils n'étaient certainement pas les fils de l'académicien.
»Mme Marie se garda bien de faire venir des prestres, car il luy eust cousté à le faire enterrer, et elle estoit légataire universelle[71]…»
[71] Tallemant, Historiettes, II, 473-476.
Ainsi se termina misérablement, en 1666[72], l'existence de ce poëte, que Ménage déclare, dans ses Observations sur Malherbe, «l'un de nos meilleurs écrivains». Il laissa, en mourant, quelques manuscrits: une tragi-comédie de Cydippe et «de quoi faire, dit Conrart, un nouveau recueil de vers» qui n'ont pas vu le jour.