Le Rapport de Costar est de 1661, et celui de Chapelain[66] de 1662: ce sont les deux monuments les plus précieux de la critique contemporaine, et voici ce qu'elle pensait alors du talent et de la situation de notre poëte:
[66] Voir notre Étude sur Chapelain, publiée dans la Revue de Bretagne et de Vendée de mars à décembre 1875.
«De Gombauld, écrivait Costar, n'a pas autant de rentes que Racan: il n'a pas plus de deux cens écus de revenu. Il est huguenot, homme de grande vertu, et qui mériteroit bien quelques bienfaits de Son Excellence. Il est déjà fort vieux: c'est le poëte de France qui fait mieux des sonnets et des épigrammes; il entend merveilleusement l'art poétique[67]».
[67] Publié par M. Taschereau, dans ses Notes à la vie de Corneille, édit. 1829, p. 347.
«Gombauld, disait Chapelain, est le plus ancien des écrivains françois vivans. Il parle avec pureté, esprit, ornement en vers et en prose, et n'est pas ignorant en la langue latine. Depuis plus de cinquante ans il a roulé dans la Cour, avec une pension, tantôt bien, tantôt mal payée: son fort est dans les vers, où il paroît soutenu et élevé. A force de vouloir dire noblement les choses, il est quelquefois obscur: s'il étoit guéri d'une grande maladie qui l'a abattu, il pourroit faire quelque ode, quelque panégyrique, quelque sonnet fort beau, mais avec lenteur, en y mettant un grand prix[68]».
[68] Mélanges de littérature tirés des Lettres mss. de Chapelain. Paris, 1736, in-12, p. 230-231.—Voir au sujet du rapport de Chapelain notre Étude sur ce poëte, publiée dans la Revue de Bretagne et de Vendée de mars à décembre 1875.
Il n'y a rien à ajouter au jugement des deux critiques.
Cette grande maladie, qui avait abattu Gombauld, provenait d'une chute qu'il avait faite quelques années auparavant. «Il s'estoit laissé tomber dans sa chambre de sa hauteur, rapporte Tallemant, et s'estoit tout froissé.»—«Il avoit toujours vécu fort sain, dit à son tour Conrart; à quoi sa frugalité et son économie avaient extrêmement contribué: mais un jour qu'il se promenoit dans sa chambre, ce qui lui étoit fort ordinaire, le pied lui ayant tourné, il tomba et se blessa de telle sorte à une hanche qu'il fut obligé de garder presque toujours le lit depuis cet accident jusqu'à la fin de sa vie, qui a duré près d'un siècle[69].»
[69] Conrart, Notice sur Gombauld, en tête de ses Traités posthumes sur la religion.
«On ne croit pas qu'il relève de sa chute, ajoutait des Réaux vers cette époque. On taschoit à luy faire avoir une subsistance en questant ses amys; mais personne ne se pouvoit résoudre à remettre l'argent entre les mains de Mme Marie, sa servante, que, depuis quelque temps, il appelle luy-mesme Madame Marie. Elle le vole, luy a fait faire une déclaration que ses meubles ont esté achestez de l'argent de cette fille, ce qui est faux, et a tiré de luy quelques promesses. Elle est maistresse absolue; on dit qu'elle preste sur gages… C'est une fille fière comme une princesse, et qui a quelque chose de desmonté, ou je suis le plus trompé du monde. Elle n'est pas trop mal faite. Je ne sçay pas ce qu'il y a, mais le bonhomme a dit à Mme de Rambouillet qu'il connaissoit une pauvre fille pour qui trois hommes estoient morts d'amour: il y a apparence que c'est celle-là. Elle cause fort, et c'est quelque divertissement pour luy.