[64] Voici un curieux passage des Mémoires de l'abbé de Marolles, qui montre Gombauld en veine de controverse et d'études sur le Nouveau Testament. L'abbé écrit ceci vers 1650: «M. le marquis de Pompignan vint chez moi. Il se trouva cette journée-là dans mon cabinet fort bonne compagnie: M. de Montmor, conseiller d'État et maistre des Requestes, de qui les gens de lettres reçoivent si souvent des marques de sa générosité; M. de Charleval, qui a le goût si délicat pour toutes les belles choses; M. de Berville, de Normandie, qui débite un grand sçavoir avec tant de facilité; M. de Gombauld, si connu de toute la France pour sa rare modestie et par ses nobles poésies, et quelques autres, qui se sont entretenus au sujet de l'Escrit de la Magdeleine, du progrès de l'Évangile et de la naissance et de l'accroissement du christianisme, sur quoy on dit de fort bonnes choses; enfin, venant à parler des femmes illustres du Nouveau Testament, M. de Gombauld ayant demandé d'où l'on avoit appris que la mère de la Vierge avoit nom Anne, et son père Joachim, parce que les saintes Écritures ne les nomment point, voicy à peu près ce que j'en dis, etc.»—Mém. de Marolles, éd. in-fol., 234-235.

Sa plus grande passion, dit encore Conrart, était de publier ces écrits, parce qu'il était persuadé qu'ils seraient utiles; «et peut-estre n'a-t-on guères veu un homme séculier avoir autant de zèle pour la gloire de Dieu et autant d'amour pour son prochain qu'il en avoit. Mais quand on aura remarqué dans ses ouvrages la ferveur de ce zèle, et quand on saura d'ailleurs que sa subsistance dépendoit presque indispensablement de la Cour, on ne trouvera plus estrange qu'il ne les ayt pas fait paroistre durant sa vie. Pour empescher que le public n'en fust privé après sa mort, s'ils fussent tombés entre les mains de quelques autres personnes d'autre religion que la sienne, il les mit, sur ses dernières années, en celles d'un de ses amis dont il avoit éprouvé la fidélité et l'affection, et luy fit promettre de ne point s'en dessaisir, et de les mettre au jour dès que la commodité s'en présenteroit[65]».

[65] Préface des Traités posthumes sur la religion.

Il fallait que le pauvre Gombauld fût bien pressé par le besoin pour qu'il craignît de se voir privé, par un zèle religieux intempestif, des subsides qu'il obtenait à grand'peine de la Cour. On connaît l'Épigramme du poëte Gomès:

Plaise au Roi me donner cent livres

Pour acheter livres et vivres.

De livres je m'en passerois,

Mais de vivres je ne sçaurois.

C'étaient les vivres aussi qui dictaient la loi à l'infortuné gentilhomme, à l'ancien poëte favori de Marie de Médicis, et voilà comment ce que Tallemant des Réaux n'hésite pas à déclarer «le meilleur ouvrage de Gombauld en vers et en prose» dut rester si longtemps, à son grand regret, dans les cartons du poëte.

Jusqu'en 1664, date de sa mort, Gombauld ne fit plus que végéter, et Tallemant des Réaux nous fait un tableau navrant de la triste fin de son ami. Sans le secours de cinquante pistoles que lui envoya de sa bourse le comte de Saint-Aignan, après quelques vers pour le fameux carrousel du Roi, et surtout sans l'ordonnance de quatre cents écus que signa Colbert en sa faveur, à la suite des célèbres Rapports de Costar et de Chapelain sur les gens de lettres, le pauvre Gombauld serait littéralement mort de faim.