Chanter sur son luth charmant[73]?

[73] Ægidii Menagii poemata.—Amst., Elzev. 1663, p. 267.

Enfin l'abbé Tallemant disait, en 1666, dans son Discours de réception à l'Académie: «Messieurs, si je ne sçavois me connoistre, la grâce que vous me faites aujourd'huy pourroit me donner beaucoup de présomption. Vous m'avez accordé la place de M. de Gombauld, dont le mérite est connu de toute l'Europe, qui, durant plus d'un demi-siècle, a esté l'admiration de toute la Cour, qui a mesme gardé dans une extresme vieillesse cette première vigueur qui sied si bien et qui est si nécessaire dans la Poésie[74]…»

[74] Recueil des Harangues de l'Académie, I, 129.

Malheureusement la postérité n'a pas répondu avec enthousiasme à l'appel de Ménage, de Conrart et de leurs amis. Nous avons cité un passage de La Harpe qui décerne à Gombauld l'épithète de versificateur; l'abbé Goujet, dans sa Bibliothèque françoise, demande grâce au moins pour les épigrammes. Mais écoutons l'arrêt de Sabathier de Castres aux Trois siècles littéraires: «C'est un membre très-oublié de l'Académie françoise, moins parce qu'il fut un peu des premiers reçus dans cette Compagnie, que parce qu'il étoit peu fait pour conserver la moindre réputation. Boileau a trouvé cependant quelques-uns de ses sonnets passables; qu'on y joigne trois ou quatre épigrammes pleines de naturel et de vivacité, et l'on aura en moins de trois pages tout l'esprit de Gombauld[75].» Palissot parle de Robert Garnier, de l'abbé Genest, même de l'auteur-comédien Legrand, mais il oublie complétement le poëte saintongeois; enfin Voltaire se contente, dans sa nomenclature des écrivains du Siècle de Louis XIV, d'indiquer la date de la mort de Gombauld et d'ajouter: «Il y a de lui quelques bonnes épigrammes.»

[75] Trois siècles littéraires, II, 420.

Le XVIIe siècle avait exalté Gombauld; le XVIIIe l'oublia. De nos jours, un revirement d'opinion s'est produit en faveur de nos vieux poëtes: on les étudie non plus à leur valeur absolue, mais à leur valeur relative par rapport au milieu et aux époques où ils ont écrit; et l'on a, de préférence, cherché à remettre en honneur ceux que les arrêts de Boileau avaient trop durement et quelquefois trop injustement frappés. Les épigrammes de Gombauld ont été réimprimées en 1861: c'était justice, et nous en félicitons M. Liber qui s'en est fait l'éditeur; mais nous regrettons qu'on n'ait tiré ce petit ouvrage qu'à cent exemplaires, à titre de rareté bibliographique. Ce livre ne doit pas craindre de se présenter devant un public plus nombreux: entre toutes les œuvres de Gombauld, ce Recueil survivra, et les quelques extraits que nous en avons donnés montrent que le poëte saintongeois savait réunir en ce genre le naturel à la vivacité, et l'énergie ou la naïveté à une certaine finesse.

Dans les ouvrages de longue haleine, la versification de Gombauld est inégale et ne se soutient pas: on rencontre, il est vrai, dans l'Amaranthe des passages nombreux où le naturel qui convient au genre bucolique s'allie à la grâce et à l'esprit: mais souvent l'esprit domine trop. Dans les Danaïdes, plusieurs scènes rappellent l'énergique allure des tragédies de Crébillon: mais comme le remarque Chapelain, à force de vouloir être noble, Gombauld devient obscur. Les vers de Gombauld sont augustes, dit quelque part Loret, en sa Galette rimée.

Aussi, en dehors de ses épigrammes, ses meilleurs ouvrages sont les sonnets; et l'on en pourrait composer, en les choisissant bien, un petit recueil de lecture encore agréable à notre époque, où le sonnet semble revenir en honneur.—Pour nous résumer en un mot, Gombauld ferait bonne figure dans une galerie hiérarchique du Parnasse, à côté de François Maynard, mais assis à quelques degrés à ses pieds.

Gombauld prosateur ne mérite pas autant d'attention que Gombauld poëte: on doit cependant reconnaître en lui un soin extrême de la noblesse et de la pureté du langage. Ayant un jour proposé à l'Académie que tous les membres de la compagnie s'obligeassent par serment à n'employer que les mots approuvés à la pluralité des voix dans l'assemblée, il s'était imposé le devoir de rejeter toute locution vicieuse: mais ses ouvrages en prose, presque tous d'actualité, n'offrent aujourd'hui qu'un assez faible intérêt.