Je suis la fleur d'amour qu'Amaranthe on appelle,

Et qui viens de Julie adorer les beaux yeux.

Roses, retirez-vous, j'ai le nom d'immortelle!

Il n'appartient qu'à moi de couronner les Dieux.

Ce madrigal n'est pas un chef-d'œuvre; mais il y en a de plus mauvais dans la Guirlande.

IV

DÉTRESSE DE GOMBAULD A LA MORT DE RICHELIEU (1642).—RECUEIL DE POÉSIES (1646).—SES SONNETS ET SES LETTRES.—MADAME DE LONGUEVILLE ET BENSERADE.

Le 4 décembre 1642, Richelieu mourut au Palais-Cardinal; Gombauld se trouva tout à coup privé de son plus puissant protecteur, et sa situation devint d'autant plus précaire, que les pensions accordées par le Cardinal à beaucoup de gens de lettres furent supprimées presque immédiatement après sa mort. Réduit aux expédients pour vivre, mais ne voulant pas, avec son vieil honneur, être à charge à ses amis, il cachait sa misère avec le plus grand soin; et, réunissant ses œuvres éparses de tous côtés, il se mit à éditer des livres. C'est en effet pendant la période d'une vingtaine d'années qui s'écoula depuis la fin du règne de Richelieu jusqu'à la mort de notre poëte, que Gombauld publia presque toutes ses poésies, la plupart fort anciennes, puisqu'il avait déjà bien près de soixante-dix ans, à la mort du Cardinal.

«Une de ses plus grandes faiblesses, écrivait Tallemant vers cette époque, c'est de craindre qu'on ne le traitte de gueux. Il n'a jamais voulu que ses amys l'assistassent: et une fois depuis la Régence,—car le feu Roi, après la mort du cardinal de Richelieu, raya de sa main toutes les pensions,—on fut contraint de le quester, et après on luy fit accroire qu'on avoit trouvé moyen de toucher cela de l'argent du Roy. Ce n'est pas que je trouve estrange qu'il ne veuille pas recevoir indifféremment de ses amys; je voudrois seulement qu'il choisît entre tous et qu'il regardast s'il y en a quelqu'un à qui il veuille avoir une si grande obligation; mais il n'en veut pas prendre le soin, et s'attend un peu trop à la Providence… C'est un homme à sécher auprès d'un sac d'argent qu'on luy auroit mis sous son chevet: il diroit qu'on le prend pour un gueux[38]…»

[38] Tallemant.—Historiettes, II, 468.