Il est mort pauvre, et moi je vis comme il est mort.

Gombauld, à bout de ressources, dut bientôt se décider à publier ses œuvres; un volume de Poésies parut chez Auguste Courbé en 1646 (in-4o), suivi d'un volume de Lettres, chez le même libraire, en 1647 (petit in-8o).

Le volume de Poésies de 1646 offre cette particularité remarquable, que, dans le privilége de publication, Gombauld est qualifié de «gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi»: nous n'avons pu trouver nulle part la justification de ce titre. Sauf trois élégies et quelques stances, débuts poétiques de l'auteur, l'ode au chancelier Séguier, le panégyrique du cardinal de Richelieu, et quelques vers pour des ballets ou autres divertissements du temps de la reine Marie de Médicis, ce volume ne contient que des sonnets et des épigrammes.

Les sonnets de Gombauld ne sont pas datés; il est donc difficile de préciser à quelle époque ils ont été composés: mais nous sommes portés à croire qu'ils l'ont été à des époques fort différentes, pendant toute la carrière poétique de l'auteur. Ce sont presque tous des sonnets amoureux, adressés à des Philis, des Amaranthes, ou des Carites, soit imaginaires, soit réelles; mais l'ordre dans lequel nous venons de placer ces pseudonymes, qui recouvrent les véritables noms des beautés chères au poëte, n'est pas indifférent: nous pensons même que c'est un ordre chronologique réel. Les sonnets à Philis doivent être les premiers en date, et remonter à l'époque de la régence de Marie de Médicis. Un passage des Historiettes de Tallemant des Réaux nous le fait penser, car il dit en parlant de cette époque: «Je ne sçay si madame de La Moussaye, sœur du feu comte de La Suze, et mère de La Moussaye, le petit maistre, estoit cette petite Philis (des Poésies), mais on croit qu'il a eu de grandes privautez avec elle, car il a tousjours affecté d'en vouloir à des dames de qualité, et me faisoit excuse, une fois, de ce que dans ses Poésies il y avoit des vers pour une paysanne.—C'estoit, disoit-il, la fille d'un riche fermier de Xaintonge, et elle avoit plus de dix mille escus en mariage[39]…» Qui sait si Philis ne représente point Marie de Médicis elle-même?

[39] Tallemant.—Historiettes, II. 458.

Les sonnets à la belle Amaranthe seraient de la seconde époque, du temps de la pastorale, et nous ne serions pas étonné que ce pseudonyme cachât le nom de Madame ou de Mademoiselle de Rambouillet, car Gombauld choisit la fleur d'Amaranthe pour son tribut à la Guirlande de Julie. Enfin les sonnets à Carite seraient les derniers. Ce ne sont là que des conjectures, et c'est pour cette raison que nous avons réservé les sonnets pour l'époque de leur publication, au lieu d'en parler à leur date présumée, alors qu'ils couraient les ruelles en feuilles volantes, et faisaient les délices de la société précieuse; nous pensons, néanmoins, que ces conjectures ont quelque apparence de réalité.

Chapelain, Pellisson, Maynard, Guéret, Conrart, Ménage, et quantité d'autres critiques contemporains, ont loué les sonnets de Gombauld, et reconnaissent dans l'auteur un esprit vif et délicat. Aussi, remarque l'abbé Goujet, «si M. Despréaux a dit, en parlant de ce genre de poésie:

A peine dans Gombauld, Maynard et Malleville,

En peut-on admirer deux ou trois entre mille…

ce célèbre critique a seulement voulu dire que nous n'avions peut-être point de sonnet sans défaut, et que les poëtes qu'il nommoit estoient ceux qui avoient le mieux réussi[40]».