D'appas et de charmes si doux,
Seront tantôt bien étonnées
De se trouver toutes en vous.
Gombauld avait fait peu d'épigrammes dans sa jeunesse: il les composa surtout dans son âge mûr, et pendant sa vieillesse. Dix ans après cette publication, il en donna un volume entier en 1656: nous en parlerons bientôt, et nous aurons lieu de remarquer combien toutes celles qui datent de cette époque sont violentes et misanthropiques. Les malheurs de sa propre existence furent les sources de son inspiration.
Nous dirons peu de choses du volume de Lettres, publié par Gombauld en 1647: sa prose est bien loin de valoir ses vers; et si ces quelques pages, aujourd'hui complétement tombées dans l'oubli, ne nous fournissaient un certain nombre de détails biographiques intéressants, sur lui-même et sur plusieurs de ses contemporains, nous n'en parlerions même pas. «Il n'y a ni sel ni sauge à ses Lettres imprimées, qu'il croit autant de chefs-d'œuvre,» dit Tallemant des Réaux; et le bibliographe contemporain Sorel se borne à les citer avec celles de Plassac, de Porchères, de Théophile…, en disant qu'elles traitent de sujets très-divers, et que chacun de ces auteurs «a très-bien réussi selon sa capacité[44]». Nous avons patiemment parcouru ce petit volume, dédié à Monseigneur (sans aucune autre dénomination), et qui contient cent quarante-huit Lettres «de sujets très-divers,» selon l'expression de Sorel: les unes philosophiques, les autres littéraires, celles-ci amoureuses, celles-là sans caractère déterminé; ici une simple correspondance ordinaire, là des remerciements au sujet de l'Endymion… Nous remercions Gombauld de les avoir publiés, parce que c'est une mine de renseignements pour le chercheur curieux; mais on ne pourrait en supporter longtemps la lecture suivie: on y fera quelques recherches utiles; il ne faut leur demander rien davantage. Elles sont cependant adressées à des personnages de renom: à Mme des Loges, à M. d'Andilly, aux maréchaux de Bassompierre et d'Ornano, aux marquis d'Uxelles, de Rambouillet, de Théobon ou de La Moussaye, à Mme de Beringhen, à la maréchale de Thémines, à Conrart, à Boisrobert, à l'abbé de Cérisy, à M. de Charleval, à l'abbé de Châtillon, etc. Mais «le sieur de Gombauld,» malgré ses hautes relations, n'a pu réussir à nous charmer en prose; et le fragment que nous avons cité plus haut d'une de ses Lettres à Boisrobert suffit pour donner un spécimen de son style épistolaire.
[44] Sorel.—Bibliothèque française, p. 102.
Les deux livres de Gombauld se vendirent assez bien, en particulier le Recueil des poésies: mais, malgré le produit de cette vente, le pauvre gentilhomme ne pouvait parvenir à soutenir son rang; et cela était dur pour un amant des belles manières de l'ancienne Cour. Un peu avant le blocus de Paris, vers la fin de l'année 1648, «Chapelain et Esprit, raconte Tallemant, voyant que Mme de Longueville goustoit fort ses ouvrages, firent en sorte que, du consentement de M. de Longueville, elle offrît de luy donner six cens livres, je pense, de pension. Le bonhomme, qui en avoit besoing, n'en vouloit pas pourtant, luy qui n'avoit que les deux cens escus du Sceau; ce n'estoient point bienfaits du Roy: on eut une peine enragée. Il appeloit cela une servitude; que jusques-là il avoit pu se vanter qu'il avoit esté libre, qu'il estoit l'homme libre du Roy, et que c'estoit, s'il l'osoit dire, en cette qualité qu'il en recevoit pension[45]…»
[45] Tallemant.—Historiettes, III, 468.
Ce trait est caractéristique, et M. Pierre Barbier n'hésite pas, devant un pareil témoignage, à appliquer à Gombauld ce que Sainte-Beuve dit quelque part de l'un de ses plus illustres compatriotes, d'Aubigné, calviniste et Saintongeois comme lui, «type accompli de la noblesse ou plutôt de la gentilhommerie protestante française, brave, opiniâtre, raisonneuse et lettrée, guerroyante de l'épée et de la parole, avec un surcroît de point d'honneur et un certain air de bravade chevaleresque ou même gasconne qui est à lui[46].» C'était en effet un gentilhomme de race que notre Sonneur de sonnets, mettant au-dessus de tout son Dieu, son Roi et sa Dame, et ne transigeant ni avec l'ambition ni avec l'intérêt, pour chercher des accommodements avec sa foi. Aussi devons-nous croire complétement le chroniqueur, quand il ajoute ce correctif au trait précédent: «… On descouvrit que ce qui le fascha le plus, c'estoit de n'avoir que six cens livres où M. Chapelain avoit deux mille francs[47], et qu'il eust esté plus satisfait qu'on eust mis quatre cens escus et qu'on ne luy en eust donné que deux cens…—Il fit des vers à la femme et au mari, dit encore Tallemant, et il a bien du mal au cœur d'avoir fait, ce luy semble, des laschetez ou des bassesses pour rien.»
[46] Sainte-Beuve.—Causeries du Lundi, t. X.