Et brûlant d'amour pour la gloire,

Il monta, non sans peine, au temple de Mémoire,

Fut bon ami, bon père et sage citoyen.

Restif avait eu, en effet, deux filles de son déplorable mariage; Agnès et Marie-Jeanne, la première fut mariée à un sieur Augé, puis à Louis Vignon; la seconde épousa un de ses cousins et conserva ainsi le nom de Restif.

III

Le Pied de Fanchette fut le premier succès littéraire de Restif.—La Famille vertueuse et Lucile ou le progrès de la vertu, précédemment publiés, n'avaient rapporté à leur auteur ni honneur ni profit. Dans la Revue de ses ouvrages[ [U-15], l'historien de Fanchette s'exprime ainsi à son sujet: «Ce petit roman qui eut beaucoup de succès est l'histoire de la jeune marchande de la rue Saint-Denis (Mme Lévêque) à laquelle il est dédié.—Il est inutile de rien dire de l'intrigue: elle est fort commune; mais ce qui la singularise, c'est que tous ces événements sont occasionnés par le joli pied de l'héroïne et ces événements sont très multipliés. Les trois premiers chapitres, qui sont une espèce de préface, ont été très goûtés. Cependant feu M. Fréron refusa de l'annoncer comme étant un peu libre. On l'a plusieurs fois contrefaite en province.»

[U-15] Revue des ouvrages de l'auteur, 1784. Cette revue aurait pu être faite par Grimod de la Reynière fils, comme le pense M. Paul Lacroix, d'après les notes fournies par Restif.

On voit que Restif ne se faisait aucune illusion sur la valeur littéraire de son ouvrage; bien plus, d'après une réponse à un littérateur allemand qui lui mandait le succès de ses livres en Allemagne, il se montre juge de lui-même encore plus sévère dans ce passage d'une lettre datée du mois d'août 1778[ [U-16]: «Je vous avoue qu'il est des œuvres que je suis fâché qu'on ait traduites; le Pied de Fanchette est un ouvrage manqué depuis le quatorzième chapitre; le succès qu'il a eu ici et quatre éditions ne m'en font pas accroire... J'ai fait une seconde édition du Pied de Fanchette un peu meilleure que la première, en deux volumes au lieu de trois, mais sans avoir rien retranché; au contraire, elle commence par un Avertissement d'une page qui n'est ni dans la première, ni dans la seconde édition, ni dans les contrefaçons.»

[U-16] Cette lettre se trouve à la fin du tome XIX de la seconde édition des Contemporaines (1781 et années suivantes); à la fin de ce tome XIX se trouvent 55 feuillets non chiffrés qui renferment des correspondances particulières d'un grand intérêt. La lettre qui nous intéresse est adressée à M. J.-A. Engelbrecht et porte le no 19 de ce dossier épistolaire.

La première édition du Pied de Fanchette ou l'orpheline française parut en 3 volumes petit in-12, en 1769 sous cette rubrique: Imprimé à la Haie (sic) et se trouve à Paris chez Humblot, libraire, rue Saint-Jacques, près Saint-Ivès.—Quillau, imprimeur-libraire, rue du Fouarre. Cette édition, tirée à mille exemplaires avec dédicace, tables et notes imprimées en rouge, est celle qui a servi de copie, comme étant la plus intéressante, à la réimpression que nous donnons aujourd'hui.