Les lâches seuls craignent l'homme sans armes!—Raconte encore, mon hôte, comment, en combattant, tu perdis à la fin tes armes!
SIEGMUND, s'animant de plus en plus.
Une malheureuse enfant réclamait mon appui: les siens prétendaient la marier avec un homme qu'elle n'aimait point. Contre cette violence, j'accordai mon aide; j'attaquai les vils oppresseurs devenus mes ennemis, je les vainquis. Alors, voyant ses frères tués, la vierge embrassa leurs cadavres; la douleur chassa la fureur; gémissante, déplorant le carnage en un torrent de larmes farouches, l'infortunée cria vengeance pour la mort de ses propres frères[326-2].—Les parents et les hommes des tués se ruèrent donc; je me vis environné d'implacables ennemis. Mais du reste la vierge elle-même ne put échapper à leur rage: longtemps je la défendis de ma lance et la couvris de mon bouclier, jusqu'à ce que lance et bouclier m'eurent été brisés dans les mains. L'enfant périt: blessé, resté sans armes, je la vis mourir; elle s'abattit sur les cadavres, et la horde acharnée bondit à ma poursuite. (Avec un regard empli d'un feu douloureux, vers SIEGLINDE.) Tu m'as interrogé, femme: tu sais, à présent, pourquoi mon nom n'est point—Friedmund![327-1] (Il se lève et marche au foyer. Pâle, émue, bouleversée, SIEGLINDE regarde à terre.)[327-A].
HUNDING, très sombre.
Je sais une race farouche; pour elle, rien n'est sacré, de ce qui, pour tout autre, est sacré: odieuse à tous, elle m'est odieuse[327-2]. Appelé pour venger le sang de mes proches, j'allai, j'arrivai, mais trop tard; je rentre, et c'est pour trouver, dans ma propre maison, les traces du misérable en fuite!—Soit, Louveteau[327-3], ma maison t'abrite, pour aujourd'hui; pour cette nuit, je t'accorde asile. Mais demain[328-1], sois armé, sois bien armé, défends-toi bien; c'est au grand jour que je t'attaquerai: c'est sur toi que je vengerai nos morts[328-2]. (A SIEGLINDE, qui, avec une attitude inquiète, s'est placée entre les deux hommes.) Hors la salle! Ne rôde pas ici! Prépare-moi la boisson du soir, mets-toi au lit et attends-moi!
SIEGLINDE, toute pensive, prend sur la table une corne, va vers une armoire, y prend des épices, et se dirige vers la chambre à gauche. Parvenue à la plus haute marche, au seuil de la porte, elle se retourne encore. SIEGMUND, qui ne la quitte point des yeux, est debout près du foyer, tranquille en apparence, en proie à une fureur contenue: elle attache sur lui un long regard, tout plein d'un désir passionné, et dont elle lui indique enfin, avec une insistance significative, un endroit, sur le tronc du frêne[328-A]. HUNDING, remarquant qu'elle s'attarde, d'un geste impératif la chasse: elle rentre alors et disparaît, avec la lanterne et la corne.
HUNDING prend ses armes à l'arbre.
C'est avec des armes, que l'homme se préserve.—Toi, Louveteau, demain, je t'attaquerai: ma parole, tu l'as entendue,—garde-toi bien!
(Il rentre, avec ses armes, dans la chambre, à son tour.)