SIEGMUND, seul.

La nuit est tombée tout à fait; la salle n'est plus éclairée que par un feu languissant, dans l'âtre. SIEGMUND se laisse tomber sur sa couche, près du feu, et médite longuement, en silence, avec une grande agitation.[329-A]

Au faîte de la détresse, je dois trouver un Glaive: voilà ce que m'a promis mon père.—Je suis sans armes, tombé sous le toit d'un ennemi: l'hospitalité même lui assure sa vengeance:—mais j'ai pu voir une femme divine; mon cœur brûle de trouble et d'extase:—c'est vers elle désormais qu'un désir fou m'attire, une déchirante langueur, un suave enchantement; et c'est elle que courbe à son joug l'homme qui raille ma main désarmée!—Wälse! Wälse! Où est ton Glaive? le fort Glaive que dans la tourmente je puisse brandir, puisque le secret de mon cœur furieux se précipite hors de ma poitrine![329-B] (Le feu s'écroule; une lueur éclate, jaillie au brasier qui pétille, à la place qu'avait désignée, sur le tronc du frêne, le regard de SIEGLINDE, et où l'on distingue, plus nettement, faire saillie la poignée d'un Glaive.) Mais dans la pénombre, là-bas, cette clarté plus nette, quelle est-elle? quel rayon sort du tronc du frêne? Ma prunelle aveuglée, quel éclair l'illumine? De quel éblouissement sublime flamboie mon cœur! Est-ce le regard laissé derrière elle, ce regard de fleur, fixé là par elle, en sortant? (A partir de ce moment, le feu, par degrés, s'éteint dans l'âtre.) Les ténèbres couvraient mes yeux; c'est alors que, d'un radieux regard, elle m'effleura. Ce fut la chaleur, ce fut le jour, ce fut la lumière du soleil m'inondant d'un vertige de joie, illuminant mon front d'un prestige enchanteur, jusqu'à ce qu'il eut,—en même temps qu'elle,—disparu, par delà les cimes. Une fois encore,—elle me quittait,—son éclat du soir me toucha; lui-même, le tronc du frêne antique resplendit, d'un flamboiement d'or: dès lors la fleur se fane, la lumière agonise, les ténèbres couvrent mes yeux; seulement, au fond de mon cœur comme par delà les cimes, sans lumière, la flamme couve encore.

(Le feu s'est tout à fait éteint; nuit complète.—La chambre latérale s'ouvre avec précaution; toute vêtue de blanc, SIEGLINDE en sort, et se dirige droit vers SIEGMUND.)

SIEGLINDE

Dors-tu, mon hôte?

SIEGMUND, surpris et joyeux, se lève.

Qui donc s'approche?

SIEGLINDE, avec hâte et mystère.

C'est moi: écoute!—Hunding dort, d'un sommeil profond; j'ai, dans son breuvage, mis un narcotique. Que cette nuit serve à ton salut!