SIEGMUND, l'interrompant, avec chaleur.
Le salut pour moi, c'est de te voir!
SIEGLINDE[330-A]
Laisse-moi te montrer une arme—ô si tu la gagnais! Le plus auguste des héros, ainsi devrais-je te nommer alors; c'est Au-Plus-Fort seul qu'elle fut destinée. O sois attentif, à ce que je te révèle!—Les hommes, la tourbe des parents, priés par Hunding à ses noces, étaient assis, dans cette salle même; il prenait pour épouse une femme que, malgré elle, des scélérats lui ont livrée. Tandis qu'eux buvaient, j'étais assise, triste; un étranger alors entra, un Vieillard[331-1], sous des vêtements gris; son chapeau pendait bas, lui cachait l'un des yeux: mais les éclairs de l'autre alarmèrent tous les hommes, troublés par leur puissante menace: en moi seule, cet œil éveilla comme une douceur mélancolique, de la tristesse et du désir, larmes et soulas tout ensemble. D'un regard foudroyant pour les autres, il me montrait un Glaive que ses mains brandissaient; il l'enfonça au tronc du frêne, jusqu'à la garde:—le Glaive devait appartenir à celui qui l'en arracherait. Les hommes firent de vaillants efforts, tous: nul ne conquit l'arme. Des hôtes sont venus, des hôtes partis, les plus forts ont tenté l'épreuve, le fer n'a pas bougé d'un pouce: le Glaive adhère à l'arbre, et se tait.—Alors je sus quel il était, celui qui m'avait saluée dans l'excès même de ma douleur: je sais encore auquel des hommes, auquel seul, il destine le Glaive. O si je le trouvais aujourd'hui, l'Ami, et ici même; s'il pouvait arriver, d'au loin, vers la plus malheureuse des femmes: tout ce que j'ai pu souffrir en une farouche douleur, tout ce qui jamais m'a torturée dans le déshonneur et dans la honte, la plus douce des vengeances me payerait enfin tout! J'aurais regagné ce que jamais j'ai perdu, j'aurais reconquis ce que jamais j'ai pleuré,—si je le trouvais, l'Ami sacré, si j'étreignais enfin dans mes bras le Héros!
SIEGMUND l'enlace avec une ardeur passionnée.
O douce femme, il te tient, l'Ami, auquel reviennent l'Arme et l'Épouse! O généreuse, il brûle ardemment ma poitrine, le serment qui nous fait époux! Ce que toujours rêva mon désir, c'est en toi que je l'ai contemplé; c'est en toi, que j'ai trouvé ce qui toujours m'a manqué! Si tu as enduré la honte, et si la douleur m'a navré; si je fus, moi, méprisé, et toi, déshonorée, la joyeuse vengeance crie, maintenant, vers notre propre joie! Debout, dans l'allégresse d'une volupté sacrée, je te tiens, je t'étreins, ô bien-aimée, je sens ton cœur divin qui bat!
SIEGLINDE, soudain, tressaille de frayeur, et se dégage.
Ha! qui est sorti? qui est venu?
(La porte du fond s'est ouverte; elle demeure béante, largement: dehors, magnifique nuit de printemps; la pleine lune, y resplendissant, projette son éclatante lumière sur le couple, qui peut ainsi s'apercevoir en toute netteté.)