SIEGMUND, en une suave extase.[333-A]

Nul n'est sorti,—quelqu'un est venu: vois le Renouveau sourire ici! (Il l'attire à soi, sur la couche, avec une tendre violence.) Les tourmentes hivernales reculent devant l'avril, le Printemps brille d'un doux éclat. Dans la tiédeur des brises, suavement, voluptueusement, c'est lui qui flotte, vibre et murmure, lui qui multiplie les merveilles; sur les bois et la plaine, c'est son haleine qui vente, c'est son œil large ouvert qui rit; dans la voix des oiseaux joyeux, c'est sa joyeuse voix qui gazouille; ces parfums captivants, c'est lui qui les prodigue; dans ces fleurs délicieuses, c'est sa sève qui circule; dans les germes, c'est sa vigueur; dans les bourgeons, c'est sa vigueur! Sans armes que sa grâce et sa tendresse, il dompte le monde; les tourmentes hivernales reculent, devant sa toute-puissante attaque: sans doute, c'est son vaillant assaut qui fit céder cette porte, aussi; rude, revêche, arrogante, elle nous séparait de lui; mais il s'est rué vers sa sœur[333-1], car l'Amour attirait le Printemps, l'Amour, cachée au fond de nos âmes, l'Amour, dont la béatitude rit désormais à la lumière! Sa sœur, le Printemps l'a faite libre; il a brisé l'obstacle qui l'en séparait; avec des cris de joie folle ils se saluent tous deux: l'Amour et le Printemps se sont rejoints!

SIEGLINDE

C'est toi le Printemps, où j'aspirais, durant les siècles froids de l'hiver; mon cœur t'a salué d'un auguste frisson, dès l'instant où pour moi ton regard a fleuri.—Dès lors, tout ce qui n'était pas toi me fut étranger, indifférent; tout le passé, je l'avais oublié: avait-il existé, seulement? Mais toi, je t'avais toujours connu; toi, je te reconnus dans hésiter: je t'aperçus, et tu fus moi-même; ce que je recélais en moi, ce que je suis, tout m'apparut, clair comme le jour; une fanfare d'allégresse chantait à mes oreilles: j'avais, dans les déserts glacials de mon exil, un Ami, pour la première fois.

(Elle se pend, ravie, à son cou, et, de tout près, contemple son visage.)

SIEGMUND

O douceur! O joie! Bien-Aimée!

SIEGLINDE, les yeux dans ses yeux.

Laisse-moi, de tout près, m'incliner vers toi, contempler la lumière sacrée dont rayonnent tes yeux, ton visage, et qui dompte si doucement mes sens!

SIEGMUND