WOTAN laisse retomber les bras et baisse la tête, avec une mimique d'impuissance.
Dans mes propres liens, je me suis pris: de tous les êtres, moi, le moins libre![351-1]
BRÜNNHILDE
Mais je ne t'ai jamais vu ainsi! Quoi te ronge le cœur?
WOTAN, levant les bras, dans une explosion de fureur sauvage.
Ignominie céleste! Irréparable opprobre! Détresse[351-2] des Dieux! Détresse des Dieux! Rage sans issue! Douleur sans terme! Je suis le plus malheureux des êtres!
BRÜNNHILDE jette, terrifiée, bouclier, lance et heaume loin d'elle, et se laisse tomber aux pieds de WOTAN, avec une familiarité tendre et pleine de sollicitude.
Père! Père! Dis-moi, qu'as-tu? Comme tu m'inquiètes! Comme tu terrifies ton enfant! Confie-moi, dis! je te suis fidèle: vois, c'est Brünnhilde qui t'en prie!
(Sur les genoux, sur le sein de WOTAN, elle pose, tendre et craintive, la tête et les mains.)
WOTAN, longuement, la regarde dans les yeux, tout en caressant sa chevelure; enfin, comme s'il revenait à soi d'une profonde préoccupation, il commence, mais à voix très basse.