WOTAN

Téméraire! c'est toi qui m'outrages! Qu'es-tu, sinon l'exécutrice, l'aveugle exécutrice du choix de ma Volonté?—En délibérant avec toi, me suis-je donc, assez bas, ravalé, pour devenir le jouet de ma propre créature? Sais-tu ce qu'est ma colère, enfant? Tremble, si jamais les éclairs en tombaient sur toi pour te foudroyer! Dans mon cœur, je cache la fureur qui, dans le chaos et l'horreur, jette un monde souriant jadis à mon Désir: malheur, à celui-là qu'elle frappe! je changerais sa bravade en deuil! Crois-moi donc, ne m'exaspère pas; exécute mes ordres:—que Siegmund succombe!—Et que ce soit l'œuvre de la Walküre.

(Précipitamment il s'éloigne, et disparaît bientôt, à gauche, dans la montagne.)[358-1]

BRÜNNHILDE reste debout, longtemps, frappée de stupeur et d'effroi.

Je n'ai jamais, en un tel état, vu Siegvater[358-2], quelque querelle qui l'eût exaspéré. (Elle se baisse toute triste et ramasse ses armes, dont elle se revêt). Combien lourdes me pèsent ces armes! Quand je combattais à mon désir, combien elles me semblaient légères! C'est vers un meurtre détesté que je traîne aujourd'hui mon angoisse! (Elle réfléchit, puis elle soupire.) Mon bien-aimé Wälsung, hélas! Dans l'excès de la douleur, ta Fidèle est réduite à t'être infidèle, en t'abandonnant! (Elle fait volte-face vers le fond, et y aperçoit SIEGMUND et SIEGLINDE, comme ils parviennent au haut de la gorge; elle les regarde un moment tandis qu'ils approchent, puis gagne la grotte où est son cheval, et y disparaît pour le spectateur.)


Arrive SIEGLINDE avec SIEGMUND. Précipitamment elle marche en avant; il s'efforce de la retenir.

SIEGMUND

Arrête-toi, ici: prends quelque repos!

SIEGLINDE