Plus loin! Plus loin!

SIEGMUND l'enlace avec une douce violence.

Non, pas plus loin! Tu te reposeras, ma Bien-Aimée!—A l'extase de la volupté tu t'es arrachée brusquement; avec une précipitation soudaine, tu t'es mise à fuir devant toi; en cette course sauvage, à peine pouvais-je te suivre: par les bois, par la plaine, sur les rocs, sur les pierres, farouche, muette, tu bondissais; pas un cri n'a pu t'arrêter. (Elle regarde devant soi, au loin, fixement, et d'un air sauvage.) Repose-toi maintenant! parle-moi! Parle! ton silence me torture! Vois, c'est ton frère qui tient sa femme: c'est Siegmund qui est avec toi! (Il l'a menée, insensiblement, vers le roc où Wotan s'assit.)

SIEGLINDE, dans les yeux, regarde Siegmund avec une grandissante extase; puis elle lui jette ses bras au col, éperdûment; elle tressaille enfin d'une soudaine horreur, et veut fuir; Siegmund l'enlace avec passion.

Arrière! Arrière! fuis la maudite! L'étreinte de mes bras est un sacrilège! Déshonoré, flétri, ce corps n'existe plus! fuis-le, c'est un cadavre, arrache-toi du cadavre! C'est au vent de balayer ses restes, à celle qui s'est livrée, déjà perdue d'honneur, au plus généreux des héros!... Oui, lorsqu'il l'eut prise dans ses bras, lui donnant, avec son amour, la suprême joie, puisqu'il l'aimait sans partage, lui, qui pour la première fois l'éveillait à l'amour,—sentant la plus douce, la plus sainte, la plus bénie des voluptés la pénétrer toute, âme et sens, comment ne sentit-elle pas aussi, l'infâme, la saisir l'épouvante, le dégoût et l'horreur de la plus affreuse des souillures: celle d'avoir subi, sans amour, l'étreinte et la loi d'un époux! Laisse la maudite, laisse-la te fuir! laisse! Je suis abjecte, je suis indigne! A toi, le plus pur des hommes et le plus grand, ne dois-je pas m'arracher? Comment t'appartenir jamais, moi qui n'apporte, à mon frère, que mon déshonneur! à mon libérateur, à mon Ami, que ma honte!

SIEGMUND

L'outrage qui t'a déshonorée, le sang du sacrilège va l'effacer bientôt! Cesse donc de fuir; attends l'ennemi; c'est ici qu'il doit succomber: si Nothung lui déchire le cœur, tu es vengée!

SIEGLINDE, avec terreur, se dresse et prête l'oreille.

Écoute! les trompes—l'entends-tu leur signal?—Partout autour sonne leur furieuse rumeur; des bois et de la plaine elle monte, éclatante. Hunding, de son profond sommeil, s'est réveillé; ses hommes, ses chiens, il les convoque; ardente, lâchée, la meute hurle; sauvage, elle aboie vers le ciel, à cause de la foi violée du mariage! (Elle éclate de rire, comme une folle: puis, violemment, tressaille d'angoisse.) Où es-tu, Siegmund? que je te voie encore! radieux frère, ardemment aimé! Que l'étoile de tes yeux, une fois encore, rayonne sur moi: ne refuse pas les baisers de l'infâme!—Écoute! ô écoute! Hunding, c'est sa trompe! sa meute approche, avec de puissantes armes! Ton Glaive? Lequel résiste au flot furieux des chiens? Jette-le loin, Siegmund!—Siegmund, où es-tu? Ha! là!—je te vois. Affreuse vision!—Les mâchoires des dogues s'ouvrent vers ta chair; ton généreux regard ne les arrête pas: c'est aux pieds que te saisissent leurs crocs irrésistibles!—tu tombes!—le Glaive éclate en pièces:—il s'écroule, le frêne,—le tronc fracassé!—O frère! mon frère! Siegmund!—ha!—(Elle pousse un cri et tombe, épuisée, dans les bras de SIEGMUND.)

SIEGMUND