SIEGFRIED
Et moi, je suis venu sans bouclier: une vierge bénie m'a blessé au cœur;—sans casque, et une femme m'a blessé au front.
BRÜNNHILDE, avec une mélancolie graduellement accrue.
Je vois de la cuirasse l'étincelant acier: un Glaive affilé l'a tranchée en deux; grâce à lui, ma chair virginale est sans défense: sans sauvegarde, sans abri, sans fierté, je ne suis plus qu'une femme, rien qu'une triste femme!
SIEGFRIED
Au travers du feu, je suis venu vers toi: sans armure, sans cuirasse qui préservât ma chair: jusque dans ma poitrine la flamme a pénétré; tout mon sang bouillonne embrasé; c'est du feu qui circule en moi: c'est, rallumée dans ma poitrine, la fournaise flamboyant naguère tout autour du Roc de Brünnhilde!—O femme, éteins cet incendie! Calme cette débordante ardeur! (Il l'enlace violemment: elle tressaille, se lève, se dégage, avec une vigueur accrue par l'angoisse, et se réfugie de l'autre côté.)[505-1]
BRÜNNHILDE
Nul Dieu ne m'approcha jamais: devant la vierge, tremblants, s'inclinaient les Héros: c'est pure qu'elle a quitté Walhall!—Malheur! Malheur! Malheur, sur mon ignominie! sur mon ignominieuse détresse! Il m'a déshonorée, le héros qui m'éveille! il m'a vue sans heaume ni cuirasse: Brünnhilde, je ne suis plus Brünnhilde!
SIEGFRIED