Est-ce le point du jour? Est-ce le reflet des flammes? Troublée s'égare ma vue; je discerne mal l'auguste Jadis, où Loge rutilait dans l'éclatante flamme:—sais-tu ce qu'il en advint?
LA DEUXIÈME NORNE, renouant à la pierre le câble qu'on lui jette.
Grâce au charme de la Lance, Wotan l'asservit; Loge lui chuchota des conseils: sa dent rongea, pour s'affranchir, consuma les Runes de la hampe. Alors, avec la pointe toute puissante de la Lance, Wotan l'évoqua, pour brûler, tout autour du Roc de Brünnhilde:—sais-tu ce qu'il en advient?
LA TROISIÈME NORNE, relançant, derrière soi, le câble qu'on lui a lancé.
Les éclats aigus de sa Lance brisée, Wotan les plonge, un jour, au cœur du flamboyant: la flamme dévorante les embrase; le Dieu les jette sur le bûcher, sur ce qui fut le Frêne-du-Monde.—Voulez-vous savoir quand, tramez-moi, sœurs, le câble! (Elle jette le câble à la Deuxième, qui, à son tour le jette à la Première.)
LA PREMIÈRE NORNE, rattachant le câble.
La nuit cède; je n'y vois plus rien: le fil du câble, je ne le trouve plus; la trame en est entremêlée. Une affreuse vision m'en trouble le sens: l'Or-du-Rhin fut volé par Alberich, jadis: sais-tu ce qu'il en advint?
LA DEUXIÈME NORNE, nouant le câble autour d'une pierre, avec une inquiète précipitation.
Par le tranchant du roc le câble est entamé; trop lâche, le fil s'en effiloche: la trame en est entremêlée. C'est, à force de haine, à force de détresse, l'Anneau du Nibelung qui me le ronge:—c'est un Anathème de vengeance qui ronge la spirale de mes fils:—sais-tu ce qu'il en advient?