[338-A] A ce geste, l'orchestre éclate. La fanfare du Glaive jaillit (partition, page 74).
Elle reparaît, mais plus douce, à travers les thèmes d'Amour et de Printemps qui reviennent.
Le chant de Siegmund, avant le geste, a ramené, par frissons, le chant de Erda, lorsque dans Rheingold, elle prophétise la fin des Dieux. Si l'on note que les paroles de Siegmund, ici, sur cette sombre mélodie, sont toutes d'allégresse, on sentira, du fait même de ce contraste sinistre, toute la force de la tragique fatalité attachée au descendant de Wotan.
[340-1] C'est à Fricka qu'il «appartient» comme le prouve la fin de cet Acte Deuxième. Il semble qu'ici, de la part de Wagner, il y ait eu confusion consciente, analogue à telles confusions, involontairement établies, par plus d'un docte mythographe, entre Fricka (Frigg) et Freya:—«Freya,» dit l'Edda de Snorro, «possède le palais de Folkvaug, et, lorsqu'elle se rend à cheval sur le champ de bataille, une moitié des hommes tués lui appartient; l'autre est à Odin,» etc.
[340-2] «Maintenant j'ai dit les noms des vierges du dieu de la guerre, des valkyries prêtes à chevaucher vers le champ de bataille.» (Völuspa, 24.)
[340-A] Le thème de l'Épée reparaît, transformé, dans le Prélude du 2e Acte, où l'on retrouve aussi des motifs d'amour et de fuite. Les motifs d'amour sont des réminiscences de la Mélodie du Regard et du Lied du Printemps. Ils se combinent, significativement, avec une transformation du motif de la Fuite (Cf. fuite de Siegmund et de Sieglinde, fin du 2e acte). Y est aussi donné le motif principal de la Chevauchée des Walküres (à la fin du Prélude) (partition, pages 80 à 83).
[341-1] Ces béliers, tant reprochés à Wagner dramaturge—en vérité, pourquoi reprochés?—ces béliers, qui vont apparaître sur la scène, sont annoncés, ainsi qu'on le voit. Il est d'ailleurs notoire que Wagner y tenait fort, et se fâcha même avec le baron de Hülsen, qui lui proposait de représenter le Ring, mais à la condition que fût supprimé le «bétail».—A une époque où tout le monde est, veut ou croit être «symboliste», il ne devrait cependant pas être bien difficile de découvrir quelles bonnes raisons,—non point seulement traditionnelles,—Wagner avait d'atteler quand même deux béliers au char de Fricka, «sagesse» et convention, morale, règle et coutume, gardienne de l'honneur d'un Hunding! et j'en suis encore à chercher: pourquoi tel, non des moindres entre les wagnéristes, lors de la première des représentations de «La Valkyrie» à la Monnaie, souhaitait de voir la «ménagerie» du Ring, une bonne fois, sais-tu? «à la cantonade».
[341-2] «Le Père de tous est puissant, les alfes ont du discernement..., les nornes indiquent sur leurs boucliers la marche du temps..., les hommes souffrent..., les walkyries aspirent après les batailles.» (Edda de Sœmund, Poème du Corbeau d'Odin, 1.)
[342-A] Pendant cette scène, un motif important est développé à l'orchestre: c'est le thème de la grande douleur de Wotan. Ce motif prédomine ici; il caractérise la lutte intérieure de Wotan.
[343-1] Fricka ne considère pas, ne veut pas considérer si des époux s'aiment, ou ne s'aiment pas. Elle est la Gardienne de l'ordre établi; elle est surtout, c'est ce qu'il faut bien saisir, le principe d'ordre de Wotan, dieu organisateur du Monde. Que les obtus ne viennent donc point nous parler, pour la critiquer, d'une «scène de ménage» imitée d'Homère. En une note de la Scène Deuxième de l'Or-du-Rhin, je disais: «Donc Fricka est, personnifiée, cette gorgée d'eau de la source de sapience; elle est la «sagesse» acquise par Wotan, incarnée par Wagner pour faire vivre à nos yeux les dramatiques luttes intérieures de cette sublime âme de Wotan, de cette immense âme d'Homme divinisé; c'est ainsi que s'incarnera plus loin, en cette admirable Brünnhilde, la vivante Volonté d'aimer révoltée, dans le cœur du dieu, contre la froide sagesse, contre l'étroite coutume,—contre Fricka.» Si d'aucuns en doutaient encore, une lettre de Wagner va faire cesser leurs doutes: «... le combat», dit-il, «de Wotan contre son inclination, d'une part, et Fricka (die Sitte), d'autre part.» (Lettre à Uhlig, du 12 nov. 1851.) Or, quel est donc le sens de Sitte? Voici: c'est la morale fondée sur la coutume, sur les hypocrites conventions sociales: «Tes facultés n'embrassent, des choses, que leurs habituels rapports, tandis que ma raison cherche un ordre inconnu!»