[344-1] A présent que le lecteur ne peut douter, d'après ces notes, du sens symbolique de Fricka, je laisse à sa perspicacité le soin et le plaisir d'apercevoir, sous l'interprétation concrète et transparente, nécessaire à la vie et au mouvement du drame, la signification profonde, âme de cette vie tout extérieure. A quiconque sait lire est-il nécessaire d'expliquer ce que Fricka veut dire par les «adultères» de Wotan? L'un d'eux, le plus important pour la marche du drame, n'est-il pas expliqué ci-dessous, par Wotan lui-même, à Brünnhilde? «Savoir! rongé du besoin de savoir, le Dieu bondit du ciel jusqu'aux entrailles du Monde. Charmée par un philtre d'amour, la Wala» (Erda, la Nature), «la Wala me répondit enfin. Je l'avais connue; et c'est ainsi que vous eûtes pour mère, toi, Brünnhilde, avec tes huit sœurs, la plus savante sibylle du Monde.» Wotan a forcé la Nature d'enfanter suivant son Désir,—puisque la Walküre est appelée Wunschmaid. Et de là sort le rôle de Brünnhilde; de Brünnhilde, strahlende Liebe, radieux Amour; de Brünnhilde, Wotan féminin, etc.—L'«adultère» de «Wälse» et ses conséquences, c'est-à-dire l'infidélité de Wotan à l'ordre établi par lui-même, donneraient lieu à des commentaires tout analogues. Mais je ne peux guère plus prolonger que je ne veux multiplier des notes ayant le caractère de celle-ci. Mon but n'est nullement d'y tout dire, un volume n'y suffirait point; mon but est de montrer aux lecteurs, peu familiarisés avec l'esprit de Wagner, qu'ils se feraient de ses drames une idée très fausse en jugeant, d'après leur surabondante vie extérieure, que cette vie n'est pas le «symbole», si l'on veut, d'une plus surabondante encore vie intérieure. Mon but est de montrer à ces mêmes lecteurs, par quelques exemples entre mille, à quels points de vue il faut se placer pour d'abord, comme eût dit Rabelais, notre Rabelais, «fleurer, sentir et estimer ces beaux livres»; pour, ensuite, «par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l'os et sugcer la substantifique mouelle.» Car il n'est point du tout honteux d'ignorer l'œuvre de Wagner; il n'est point honteux, pour qui la connaît, de l'attaquer au nom d'une idée précise; mais il serait ridicule et triste et pitoyable et criminel de la lire sans y rien comprendre, uniquement parce que c'est la mode de paraître admirer Wagner. Eh bien, par l'interprétation de quelques passages, donnée en note, chacun pourra se faire une idée de ce qu'il y a sous le sens concret de presque chaque phrase; chercher ce second sens parallèle;—et s'il ne le trouve pas, c'est qu'il voudra bien! A moins... mais n'injurions personne!

[345-1] Depuis nombre de pages déjà, je ne m'astreins plus à signaler les transpositions dramatiques opérées par moi dans cette traduction, toutes conformes au sens général de l'œuvre et aux prolongements de la musique. Pour n'en pas tout à fait perdre l'habitude, donnons un passage littéral, dont la lettre n'eût point convenu à cette adaptation, en prose, d'un Drame-Musical-Poétique-Plastique.—Il y a donc ici, dans l'original: «Car ta femme, tu [la] craignais encore de sorte—Que la troupe des Walküres,—Et Brünnhilde même,—Fiancée de ton Désir,—Tu [les] livras en obéissance respectueuse à la Maîtresse.» Ce qui signifie que Wotan soumettait encore, aux Règles de l'Ordre établi, ses Désirs d'un «ordre inconnu».

[346-1] Littéralement: «[C'est le] dès toujours Accoutumé—Seulement [que] tu peux comprendre:—Tandis que, ce qui encore jamais ne s'est réalisé,—[C'est] à cela [qu']aspire ma pensée.»

[347-1] «Il (Odin) donne la victoire à ses fils, à quelques-uns la richesse, l'éloquence à ceux qui sont généreux, la raison aux hommes, le vent aux navigateurs, l'esprit poétique aux poètes et le courage viril à beaucoup de guerriers.» (Edda de Sœmund: Poème de Hyndla, 3.)

[347-2] Grimm (Deutsche Mythologie, édition citée, I, p. 308) montre que Sigmund est un nom d'Odin.—Point de vue: considérer Siegmund comme une «incarnation» de Wotan.

[347-3] Voir la note (1) de la page 337.

[348-1] Le Prélude de La Walküre indique nettement, par le thème de l'Incantation de Donner (voir L'Or-du-Rhin, scène quatrième), cette intervention de Wotan, Sturmvater, le Père-des-Orages, dirigeant la fuite de Siegmund.

[349-1] Voir la note (1) de la page 354.

[349-2] «FRIGG chanta: «Ne racontez jamais vos aventures aux races humaines, ni ce que deux Ases ont fait dans les temps anciens.» (Le Festin d'Æger, 25.)

[350-1] Heervater, «le Père-des-Armées». C'est l'un des noms d'Odin (Wotan) dans les Eddas: «FRIGGA: Je conseille au Père-des-Armées de rester dans son palais divin.» (Vafthrudnismal, 2.)