[431-2] «Je me suis mû beaucoup.»—«Grimm, l'Archéologue allemand, va jusqu'à nier», dit Carlyle, «qu'un homme Odin ait jamais existé. Il le prouve par l'étymologie. Le mot Wuotan, qui est la forme originelle d'Odin, mot répandu, comme nom de leur principale Divinité, d'un bout à l'autre des Nations Teutoniques partout; ce mot qui se rattache, d'après Grimm, au latin vadere, à l'anglais wade et autres semblables, signifie primitivement Mouvement, Source de Mouvement, Puissance, et est le digne nom du plus haut Dieu, non d'un homme quelconque..... Il faut nous incliner devant Grimm en matière étymologique. Considérons comme un point fixé que Wuotan signifie Wading, force de Mouvement.» (Les Héros, trad. citée, p. 39.) Quelque bizarre qu'ait pu sembler ma traduction de rührt'ich mich viel, «je me suis mû beaucoup», je crois que la voilà justifiée. Dans les pages de la Deutsche Mythologie, auxquelles fait allusion Carlyle, Grimm énumère d'abord et rapproche le gothique Vódans, le vieux-haut-allemand Wuotan, le normannique (nordisch) Odinn. Il donne, comme étymologies, le vieux-haut-allemand watan, wuot, le vieux normannique vada, ód, en leur attribuant les sens, non seulement du latin vadere, mais de meare, transmeare, cum impetu ferri. Il ajoute: De watan sort le substantif Wuot (μενος, animus, mens, ingenium) qui en vint insensiblement à signifier Ungestüm (impétuosité) et Wildheit (fougue, sauvagerie), si bien que le nom de Wuotan lui-même, après avoir évoqué les idées de puissance (mächtig) et de sagesse (weise), finit par évoquer celles de fougue sauvage (wild), d'impétuosité (ungestüm), de violence (heftig). Aussi Wagner (qui, je l'ai montré dans une note à propos de Fasolt, avait lu Grimm avec profit) qualifie-t-il Wotan de Wilder (sauvage), der Mächt'ge (le Puissant), Wüthender (furieux), etc., etc. Cette dernière signification est, de même que celle de Mouvement, l'une des plus étymologiques.
[432-1] Ce passage complète la synthèse des caractères prêtés à Odin par la tradition Scandinave; il suggère le souvenir d'un chant tout entier de l'Edda de Sœmund, intitulé le Havamàl, ou le «Discours sublime» d'Odin. C'est, comme l'a dit J.-J. Ampère, un poème gnomique, dans lequel, sous une forme sentencieuse, sont déposées les idées que se faisaient les anciens Scandinaves de la supériorité intellectuelle et morale. Les vertus les plus recommandées sont la prudence, la libéralité, l'hospitalité: «Heureux celui qui donne! Un hôte entre, où va-t-il s'asseoir?»—«Celui qui entre, les genoux glacés, a besoin de feu.» Etc., etc.
[432-2] «J'ai beaucoup voyagé, j'ai essayé d'un grand nombre de choses, j'ai mis bien des intelligences à l'épreuve.» Et plus loin: «J'ai beaucoup voyagé, beaucoup appris, j'ai mis à l'épreuve bien des intelligences.» (Vafthrudnismal, cité plus haut.)
[433-1] «Odin partit donc pour mettre à l'épreuve l'habileté du savant Vafthrudner.....—ODIN: «Honneur à toi, Vafthrudner! Me voici dans ta salle, où je viens te visiter en personne. Je désire savoir d'abord si tu es en effet le plus savant des géants. VAFTHRUDNER: Quel est cet homme qui vient dans ma salle pour m'adresser la parole? Tu ne sortiras jamais d'ici, à moins que tu ne sois plus savant que moi..... Assieds-toi dans la salle: nous lutterons ensuite à qui est le plus instruit de nous deux.» (Vafthrudnismal.) Et plus loin: «Par notre tête, étranger, nous nous livrerons dans la salle des combats d'esprit.»—Par d'autres notes voisines, extraites du même poème, on peut se rendre compte des emprunts, assez importants, qu'y a faits Wagner. Ce genre de lutte à coups d'énigmes est un lieu commun de la poésie norse (Comparez, ci-dessous le passage tiré d'un chant tout analogue, avec, pour interlocuteurs, le dieu Thor et le nain Allvis).
[434-1] Littéralement: «Noir-Alberich». Mais plutôt faut-il, décomposant le nom en ses éléments étymologiques, lui donner son vrai sens de «Chef», ou «Maître», ou «Roi-des-Alfes (Alben)-Noirs», en opposition avec le titre que Wotan s'attribue plus loin, celui de «Licht-Alberich», «Alberich-de-Lumière», c'est-à-dire aussi «Chef», ou «Maître», ou «Roi-des-Alfes (Alben)-de-Lumière.»—Dans une note de la «Scène» Première de L'Or-du-Rhin, j'ai déjà, parlant d'Alberich, dit quelque chose des Alfes-Noirs ou Schwarzalben. Voici comme l'Edda de Snorro les distingue des Alfes-de-Lumière ou Lichtalben (j'emploie les termes de Wagner; ceux de l'Edda seraient dock-alfar et lios-alfar): «Alfhem (Alfheimr) est la demeure des Alfes lumineux; les Alfes-Noirs habitent dans la terre. S'ils diffèrent des premiers par l'extérieur, ils en diffèrent bien davantage encore par leurs œuvres. Les Alfes lumineux sont plus beaux que le soleil, les Alfes ténébreux plus noirs que la poix.» Des passages de l'Edda de Sœmund complètent ceux-ci, par exemple dans le chant de Grimner, etc.—L'antithèse et la symétrie, dans le texte allemand, sont éclatantes:
—Schwarzalben sind sie:
Schwarz-Alberich..... etc.
—Lichtalben sind sie;
Licht-Alberich..... etc.
Alberich est d'ailleurs nommé, précédemment, Nacht-Alberich (Alberich-de-la-Nuit); plus loin, dans Le Crépuscule-des-Dieux, Nacht-Hüter (Gardien-de-la-Nuit), etc. Fasolt, s'adressant à Wotan, le qualifiait de Lichtsohn (Fils-de-Lumière). Aussi bien chacun de ces détails est-il expliqué à sa place.
[435-1] «Tu es savant, ô étranger!.....» (Vafthrudnismal.)
[435-2] Littéralement: «La troisième question à présent menace.»
[435-3] «Dis-moi, Vafthrudner, si tu le sais et si ton esprit a quelque valeur, d'où vient la terre et le ciel élevé, savant géant?»—«Dis-moi, Vafthrudner, si tu le sais et si ton esprit a quelque valeur, quelle est l'origine des Dieux?.....» (Vafthrudnismal, 20, 40.)