[579-2] «Le soir tombe, et seule elle est assise dehors, et elle se prend à parler tout haut: «Je veux mourir ou presser dans mes bras Sigurd, le beau jeune homme. Mais non, je me repens de cette parole imprudente; Gudrun est sa femme, et je suis celle de Gunnar. Des Nornes hostiles nous causent de longs tourments.» (Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja.)

[579-3] «Seulement Brynhild pense qu'elle est mal mariée, et cette femme habile songe à se venger par ruse.» (Grepisspà.)

[579-4] «Brunhilt était si profondément affligée que les fidèles de Gunther en eurent pitié. Voici venir vers sa suzeraine Hagene de Troneje. Il lui demanda comment elle était, car il la trouva pleurant. Elle lui raconta tout: aussitôt il promit que l'époux de Kriemhilt en porterait la peine, ou que lui, Hagene, ne se livrerait plus jamais à la joie.» (Nibelunge-nôt, XIV, 131.)

[580-1] «Le roi dit: «Renoncez à cette fureur sanguinaire... Elle est terrible la colère de cet homme merveilleusement brave. S'il apprenait vos desseins, nul ne pourrait lui résister.» (Nibelunge-nôt, XIV, 132-133.)

[580-2] On sait que, dans le Nibelunge-nôt, Hagene, qui s'est chargé de préparer le meurtre de Siegfrid, surprend le secret non pas de Brunhilt, mais de Kriemhilt (Gutrune); celle-ci, trop confiante, lui révèle en quelle partie du corps Siegfried est vulnérable. «Vous figurez-vous, ô dame, dit Hagene, qu'on puisse le blesser? faites-le moi connaître. Par quel stratagème devrais-je m'y opposer? Pour le garder constamment, j'irai et chevaucherai à ses côtés.» (Nibelunge-nôt, XV, 136.)

[581-1] «J'en sais un onzième» (chant runique). «Si je conduis à la bataille des amis éprouvés depuis longtemps, je chante sous le bouclier, et la victoire les suit: ils vont au combat, et en reviennent sains et saufs; ils reviennent de même de partout.» (Edda de Sœmund, Les Poèmes d'Odin, III, Le Discours Runique, 19.)

[581-2] Cette invulnérabilité de Siegfried, attribuée ici à l'amour de Brünnhilde, et dont j'explique le sens en une note ultérieure, est inconnue aux sources scandinaves en général, spécialement aux Eddas de Sœmund, de Snorro, et la Völsunga Saga. On la voit toutefois apparaître, vague, dans les Chants des Iles Féroë: «Ecoute, ma vaillante bien-aimée, tu me causes de grands soucis. Comment enlèverais-je la vie à Sjurd? aucune épée ne peut le blesser.» Elle s'affirme en un chant danois, Sivard et Brynild, dans lequel j'ai déjà indiqué que Hagen, par une confusion, prend le nom et joue le rôle de Gunnar (Gunther); à Brynild qui l'excite au meurtre, il réplique donc: «Comment pourrais-tu tenir en tes mains la tête de Sivard? D'épée qui puisse le blesser, il n'en existe point dans l'univers entier, sauf sa propre épée si bonne et dont je ne puis disposer.» (Cette épée, il l'obtient de Sivard, et s'en sert pour l'assassiner.) Enfin la transition des sources scandinaves aux sources proprement allemandes est marquée par la Wilkina Saga dont le récit, composé du reste en islandais, mais d'après des hommes de Brême ou de Munster, se rapproche de celui du Nibelunge-nôt en maints passages. Cette Saga, ainsi que le Hœrner Siegfried (ou Lied vom hürnen Siegfried—qui contient des détails légèrement différents), sait, de l'invulnérabilité du héros de l'épopée allemande, ce qu'en dit cette épopée par la bouche de Hagene: «La main du héros a tué le Dragon. Il se baigna dans son sang, et sa peau est devenue dure comme de la corne; on l'a vu souvent, aucune arme ne l'entame.» (Nibelunge-nôt, III, 24.) Cette circonstance, remarque avec justesse M. de Laveleye, ne tend guère à relever la bravoure de Siegfrid; mais c'était une façon matérielle et grossière d'en symboliser les effets.

[582-1] «Où l'on peut blesser mon époux bien-aimé, je te le dirai, me confiant en ton affection. Tandis que le sang jaillissait tout chaud des blessures du dragon et qu'il s'y baignait,... une très large feuille de tilleul vint à tomber entre ses épaules. Là il peut être blessé...» (Nibelunge-nôt, XV, 137. Confidence de Kriemhilt à Hagene.)

[582-2] Donc l'invulnérabilité, non seulement devient un don de l'amour, mais, ainsi que dans les anciennes sources, reste (idéalisé cette fois, non plus matériel et grossier) le symbole des effets du courage de Siegfried—Cf. p. 581, note (2).

[582-3] «Gunther répondit à son hôte: Avec cette femme j'ai introduit dans ma demeure la honte et le malheur.» (Nibelunge-nôt, X, 100.)