"Je dois encore vous faire observer, dit-il en s'arrêtant, que pour tout le monde je suis sourd et muet, ma noble demoiselle."

Dragomira lui répondit par un signe de tête. Quand Barichar se fut éloigné, elle prit son café, et s'habilla ensuite avec l'aide de Cirilla.

"Tu m'accompagneras, dit-elle, debout devant la glace.

- Dès que vous le désirerez.

- As-tu les vêtements nécessaires pour avoir l'air d'être ma tante?

- Tout a été prévu."

Quelques minutes plus tard, les deux femmes quittaient la maison. Cirilla conduisait, et Dragomira faisait bien attention à tout, afin de s'orienter le plus tôt possible dans cette ville qui lui était inconnue.

"Où est le cabaret rouge? demanda Dragomira à voix basse.

- Je vais vous faire passer devant; nous y sommes dans un instant," répondit la vieille.

Cirilla tourne dans une rue sombre, sale, peuplée surtout de juifs, et se dirigea du côté du Dnieper. C'est là qu'était le cabaret. On ne voyait que son toit rouge et bas derrière un mur élevé, dans lequel était pratiquée une porte de couleur noirâtre. Cirilla fit un signe à Dragomira. Celle-ci nota soigneusement dans sa mémoire l'endroit et tous ses alentours, puis elle continua sa route pour gagner le vieux Kiew, bâti sur la hauteur. Là, elle se fit indiquer un élégant magasin d'objets d'art, examina ce qui était en montre, et ordonna d'entrer à la vieille qui ressortit bientôt avec une grande enveloppe contenant une photographie.