—Et l'aîné?...

—L'aîné? Eh bien! Waschko, quel âge as-tu? Dis-le, ne te gêne pas.

Waschko sourit sans plus parler qu'une carpe.

—Avez-vous beaucoup de bétail? avez-vous des chevaux? poursuivis-je.

Le visage du paysan s'illumina. Se levant à demi, puis se rasseyant, il répondit avec volubilité:

—Je remercie monsieur le bienfaiteur; feu mon père avait deux chevaux et une vache; quelques poules aussi couraient par-ci par-là; mais, depuis que la servitude est abolie, nous avons, Dieu merci, quatre chevaux ronds comme des porcs et deux boeufs de Hongrie, vous savez ces boeufs à grandes belles cornes, et cinq vaches; l'une d'elles vient de Suisse; elle est blanche à taches noires, elle aura quatre ans à l'Ascension.

Ce récit homérique fut interrompu par l'entrée d'un homme âgé dont l'habillement se rapprochait de celui des gens de la ville. Ce nouveau venu ôta son chapeau, qui ruisselait comme une gouttière, et approcha ses mains de la flamme du foyer.

—Vous voici donc de retour? lui dit notre hôte avec un plaisir évident.

—Bien mouillé, sans doute? ajouta la vieille femme d'un air de sollicitude.

—Mais non, très-peu, répondit l'étranger,—et son accent trahit aussitôt pour moi l'homme bien élevé;—lorsqu'a commencé cet affreux orage, j'étais justement chez le juge; là, j'ai appris que Russine était dans votre maison, et j'accours.