—Un procureur, répondit le jeune paysan, un procureur clandestin, non autorisé, s'entend.
—Il est ce que tu dis, expliqua le vieux, il l'est et il ne l'est pas. Les procureurs clandestins sont toujours des fripons, et celui-ci est un honnête homme. Il a été même propriétaire; c'est un noble, c'est un savant, et il nous aide, nous autres paysans, contre les seigneurs.
—Quel est son nom?
—Basile Hymen.
—Les gens de ce métier s'enrichissent, dit la vieille paysanne; seul Basile Hymen ne prend l'argent de personne, bien qu'il soit pauvre. Tout au plus accepte-t-il un gîte pour la nuit, ou s'assoit-il à notre table, ou consent-il à ce qu'on lui prête une paire de bottes.
—Oh! s'écria le bizarre individu à tête d'oiseau, c'est un brave homme!
Notre hôte sourit.
—Il convient que celui-ci fasse son éloge, me dit-il; Basile Hymen l'a sauvé lorsqu'on l'accusait d'un vol.
—Je ne suis pas un voleur! cria l'autre en se précipitant sur lui, comme s'il eût voulu le cribler de coups de bec.
—Tu es un voleur des champs, Gabris, répliqua tranquillement le vieillard.