—Non, non, un voleur dérobe en cachette; moi, je ne me cache pas.
—C'est encore vrai, affirma le bonhomme d'un air fin; il prend tout au grand jour, à la clarté du soleil.
—Et qu'est-ce que je prends?
—Tout ce que le bon Dieu fait croître.
Chacun se mit à rire, et Gabris comme les autres.
—Mais, dit-il, réfléchissez donc! Est-ce Dieu qui a tracé la limite des champs? Il fait mûrir les fruits pour tout le monde. Qui donc est le voleur? N'est-ce pas celui qui accapare ce qui appartient à tous et qui lègue sa proie après lui à ses héritiers? Oh! c'est bien différent si l'on a soi-même créé quelque chose en dehors du bon Dieu. Il va sans dire que celui qui abat les arbres, qui les taille et qui se bâtit une maison, est bien le maître de cette maison, et que celui qui tanne la peau d'un veau et s'en fabrique des bottes est bien le maître de ces bottes. Personne ne lui disputera cela, pas plus que l'argent qu'il gagne.
—Bon! pensai-je, nous avons affaire ici à l'un de ces philosophes selon la nature, qui donnent aux Polonais le droit d'appeler nos paysans des communistes. Vous ne prenez donc que les fruits de la terre? demandai-je tout haut.
—Comme vous dites, mon doux petit seigneur; personne n'a jamais eu besoin de fermer ses coffres devant moi; je n'ai jamais pris d'argent.
—Mais, d'après votre propre raisonnement, le champ qu'un homme cultive lui appartient tout comme son argent.
—Non.