Note 9:[ (retour) ] Brigands.

»—Eh bien! dit Luba, mieux vaut avoir eu affaire à des voleurs qu'à des meurtriers.

»L'intarissable enjouement de ma femme n'était autre que de la grandeur d'âme. Son rire intrépide était mon talisman contre la mauvaise fortune, mais malgré ce rire on nous enleva nos meubles. Je m'étais adressé à tous mes anciens amis, Luba avait imploré ma soeur, et le seul secours qui nous vint fut celui d'un Juif, le faktor Salomon. Nous fîmes des réformes, tardives peut-être; je n'ai pas la prétention d'avoir été prudent ni sage. Les procès absorbèrent ce qu'avaient laissé les parasites; les saisies suivirent les procès; j'eus la douleur de voir Salomon se mettre pour moi dans l'embarras. Bref, l'exécution finale survint; je vous y ai fait assister et vous avez vu comment Urbanowitch, Jadeski et les autres vinrent ensuite autour de moi fumer leurs cigares.

»—N'y a-t-il rien à boire ici? dit soudain Urbanowitch, chez qui la soif était une maladie.

»—Si fait! répondit Luba.

»Elle courut au puits et lui rapporta un verre d'eau qu'il vida en la regardant tristement.

»—Eh bien! me dit Jadeski de sa voix claire et insolente, qui sonnait désagréablement dans l'adversité, que comptes-tu faire maintenant que tu n'as plus le sou?

»—Le prince Sapieha n'a-t-il pas besoin d'un intendant? hasarda Urbanowitch.

»Le sang me monta au visage.

»—Bah! interrompit Jadeski en feignant de plaisanter, mais sérieux au fond, Basile n'est pas embarrassé; il a une jolie femme. Que ne l'emmène-t-il à Lemberg, à Vienne, ou plutôt tout de suite à Paris?