—Que veut-il? arrêtez le sacrilége, arrêtez le possédé! criait-on de toutes parts.
—C'est vous, répondit Zénon, c'est vous seuls qui êtes possédés du diable. Dieu me permettra de purifier son temple.
Renversant les présents, il les foula aux pieds, pêle-mêle, puis il détacha sa ceinture de cuir et, servi par son agilité, par sa force herculéenne, par le zèle qui le transportait, il eut vite dispersé la foule à grands coups de cette lanière vengeresse.
Le soir même, Zénon écrivit à son père une première lettre. La lettre était rédigée en français sur un chiffon de papier que lui procura l'obligeante Azaria; elle fut remise à un boucher juif, qui se rendait à Ostrowitz. La menace d'une volée de coups de bâton en cas d'inexactitude fit au juif le même effet que la promesse d'un pourboire, et la missive de Zénon arriva heureusement à Pan Mirolawski. Elle était ainsi conçue:
«Père chéri, je me trouve bien où je suis, car je travaille comme un paysan, et j'ai déjà eu l'occasion de rosser un juif, un valet et nombre de faux dévots. Je gagne de bonnes journées; le pain bis me paraît plus savoureux que vos pâtés de Strasbourg. Que Dieu vous protége! Je vous baise les mains.
»Votre fils respectueux et affectionné,
»ZÉNON.»
Pan Mirolawski répondit par le même boucher, qui fut exact encore, bien que cette fois il eût reçu un large pourboire:
«Mon unique Zénon, un mot seulement, tant j'ai peur que ta mère ne me surprenne en train de t'écrire. Tu es bien portant, Dieu soit loué! Continue de vivre à ta guise en faisant le bien, en redressant les torts. Ne nous ménage pas, nous autres seigneurs. Si un danger te menace, dépêche-moi vite un messager à cheval. Je t'embrasse mille fois.
»Ton père, qui se passe si difficilement de ta chère présence.»