Les récoltes étaient faites et rentrées, la bise soufflait désormais sur les chaumes. Un soir, Zénon s'approcha de la comtesse Marie, qui revenait du jardin:

—J'ai achevé mon travail, lui dit-il; le temps est venu de m'en retourner; mais d'abord, il faut que je vous dise adieu, mademoiselle. Pardonnez-moi, mon coeur m'entraîne à cette audace.

Marie-Casimire était debout sur les degrés du perron:

—Tu veux partir? demanda-t-elle avec un calme apparent. Si tu restais pourtant, le travail ne te manquerait pas ici.

—Noble demoiselle, dit Zénon, il suffit d'un ordre de votre bouche pour que je reste.

—Je n'ai rien à t'ordonner, répliqua-t-elle en souriant, je ne suis pas ta maîtresse, mais je désire que tu restes. Est-ce assez?

Zénon, suffoqué par l'émotion, s'inclina pour baiser le pan de sa kazabaïka; elle lui tendit vivement la main en s'écriant:

—Non, pas ma robe, ma main!

Et les lèvres brûlantes de Zénon se posèrent sur cette main blanche, qui était tremblante et glacée; puis Marie monta les degrés d'un bond, courut dans sa chambre et, les joues en feu, s'agenouilla sur son prie-Dieu. Elle savait maintenant qu'elle l'aimait, elle en était honteuse et fière à la fois. Tout en combattant faiblement contre elle-même, elle se répétait toujours:

—Il n'est pas ce qu'il paraît!—Eh bien! reprit-elle soudain, quand il serait un paysan? N'a-t-il pas le langage et l'âme d'un gentilhomme? C'est le contraire de Joachim, qui est né gentilhomme et dont je ne voudrais pas pour valet.